Droit du travail : les pas si jolies colonies de vacances pour les « monos »
Avec une rémunération minimale journalière de près de 50 euros et des dérogations fréquentes aux règles sur le repos, les conditions de travail des moniteurs de colonies de vacances restent proches du bénévolat, explique, dans sa chronique, le juriste Francis Kessler..
Les colonies de vacances, souvent appelées colonies ou colos, sont des séjours organisés pour des enfants ou des adolescents pendant les vacances scolaires. Elles sont encadrées par des moniteurs (surnommés monos), des adultes chargés de superviser les activités, l’hébergement et le bien-être des participants. Ces séjours, très populaires en France, peuvent être organisés par des associations, des communes, des entreprises ou des organismes privés. Ils visent à offrir un cadre éducatif, sportif ou culturel en dehors du milieu familial. En 2026, un article du Monde met en lumière les conditions de travail souvent précaires des monos, révélant des dysfonctionnements dans le respect du droit du travail.
Les monos sont des salariés comme les autres, mais leur statut est parfois flou. Ils sont généralement embauchés sous contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim, souvent pour des missions courtes correspondant à la durée des colonies. Pourtant, leur travail est encadré par le Code du travail, qui impose des règles strictes : salaire minimum, temps de repos, durée légale du travail (35 heures par semaine en France), et respect des conventions collectives. Dans la pratique, ces règles sont fréquemment contournées. Par exemple, des monos rapportent des salaires inférieurs au SMIC (1 766,92 € brut mensuels en 2026), des horaires excessifs (jusqu’à 12 heures par jour sans pause), ou des hébergements indignes. Ces abus sont dénoncés par des syndicats comme la CGT ou Solidaires, qui soulignent l’absence de contrôle des organismes organisateurs.
La précarité des monos s’explique en partie par la saisonnalité de leur travail. Beaucoup sont des étudiants ou des jeunes en quête d’un emploi temporaire, ce qui les rend vulnérables face aux employeurs. Certains organismes profitent de cette situation pour leur proposer des contrats non déclarés, des rémunérations au black, ou des conditions de travail dangereuses. Par exemple, en 2025, une enquête de l’inspection du travail a révélé que 40 % des monos interrogés travaillaient sans contrat écrit, et 30 % sans affiliation à la sécurité sociale. Les risques incluent aussi l’absence de formation obligatoire en secourisme ou en gestion de groupe, pourtant exigée par la loi pour encadrer des mineurs. Ces pratiques exposent les jeunes à des sanctions pénales pour les employeurs, mais les contrôles restent rares.
Les associations qui organisent des colonies de vacances jouent un rôle clé dans la protection des monos. Certaines, comme la Fédération des Œuvres Laïques (FOL) ou les Cemea (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active), appliquent des chartes éthiques strictes : salaires décents, hébergements conformes, formations obligatoires. Cependant, d’autres organismes, notamment des petites structures ou des entreprises privées, privilégient la rentabilité au détriment des droits des travailleurs. En 2026, le gouvernement français a annoncé un renforcement des contrôles, avec la création d’un référentiel national pour évaluer les conditions de travail dans les colonies. Les associations espèrent que cette mesure réduira les abus, mais leur efficacité dépendra des moyens alloués à l’inspection du travail.
Face à ces dérives, plusieurs pistes sont envisagées pour améliorer la situation des *monos*. La première consiste à **renforcer les sanctions** contre les employeurs qui ne respectent pas le droit du travail, avec des amendes pouvant aller jusqu’à 30 000 € en cas de travail dissimulé. Une seconde solution serait de **professionnaliser le métier** en créant un diplôme spécifique, comme le **BPJEPS** (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport), qui attesterait des compétences requises. Enfin, les syndicats réclament une **campagne de sensibilisation** auprès des jeunes pour les informer de leurs droits avant d’accepter un poste. Ces mesures pourraient, à terme, transformer l’image des colonies de vacances, souvent perçues comme un simple job d’été, en un véritable métier encadré et valorisé.

