Pourquoi « La Gradiva » a tout pour devenir le film-totem de la jeunesse d’aujourd’hui
Tourné en avril 2025 et présenté à la Semaine de la critique de Cannes en mai dernier (où il a remporté le Grand Prix Ami), « La Gradiva » sort cette semaine en salles et connaît un très bon démarrage. Alors que le mouvement lycéen bat son plein, ce teenmovie spectral, qui suit des élèves de terminal lors d’un voyage à Pompéi, retranscrit avec subtilité les tourments de l’adolescence d’aujourd’hui – et ne pouvait mieux tomber..
Le film La Gradiva, réalisé par Marine Atlan, a été tourné en avril 2025 et présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes en mai 2025, où il a remporté le Grand Prix Ami. Sorti en salles le 21 octobre 2026, il connaît un démarrage très positif. Ce long-métrage, classé comme un teenmovie spectral, suit des élèves de terminale lors d’un voyage scolaire à Pompéi. Il aborde les tourments de l’adolescence contemporaine avec une approche subtile et actuelle. Le terme teenmovie désigne un genre cinématographique centré sur les adolescents, souvent marqué par des enjeux émotionnels ou sociaux. Le Grand Prix Ami est un prix décerné lors de la Semaine de la critique, une section parallèle du Festival de Cannes dédiée aux premiers ou deuxièmes longs-métrages.
Le film sort en pleine période de mobilisations lycéennes en France, un mouvement social marqué par des manifestations contre les réformes éducatives, les inégalités ou des événements comme la mort de Nahel en 2023. Plusieurs acteurs et actrices du film, dont Colas Quignard, Suzanne Gérin et Mitia Capellier-Audat, ont participé à des défilés et ont utilisé des plateformes médiatiques comme l’émission Quotidien pour porter la parole des jeunes. Ces acteurs, non professionnels, ont été impliqués dans l’écriture des dialogues pour refléter au mieux leurs réalités. Par exemple, trois comédiens ont été repérés par la directrice de casting lors de manifestations. Le film est décrit comme un film pré-révolte, reflétant les luttes actuelles de la jeunesse, notamment contre les réformes des retraites ou pour la cause palestinienne.
Marine Atlan, la réalisatrice, a adopté une méthode de travail collaborative avec les acteurs, tous non professionnels. Elle a réécrit les dialogues en fonction de leurs apports et de leurs personnalités, évitant ainsi les stéréotypes. Par exemple, le personnage de James, joué par Mitia Capellier-Audat, a été redessiné pour être moins cliché et plus politisé, notamment sur les questions de genre. Les acteurs ont été réunis sept fois pendant un an pour des ateliers d’écriture et de discussion. Cette approche a permis d’aborder des sujets comme l’égalité des chances, les conditions des professeurs ou les divisions sociales au sein des établissements scolaires. Gustave, un acteur du film, souligne que cette méthode a permis une représentation plus authentique des tensions vécues par les jeunes, notamment dans des villes comme Lille où les clivages sont plus marqués.
Le film aborde plusieurs thèmes centraux pour la jeunesse actuelle, comme l’anxiété face à l’avenir, symbolisée par le contraste entre les vestiges de Pompéi et les incertitudes des jeunes. Il évoque aussi des enjeux concrets comme Parcoursup, la plateforme d’orientation post-bac en France, et les conditions d’un système éducatif non réformé depuis des décennies. Antonia Buresi, qui incarne Madame Mercier, une professeure progressiste, explique que le film reflète un besoin des jeunes de prendre part activement aux décisions qui les concernent, plutôt que de subir passivement leur environnement. Les questions de rapports de domination, de pouvoir, de genre et de fluidité des identités sont intégrées de manière organique, montrant une jeunesse qui agit plutôt que de simplement consommer des concepts théoriques.
Madame Mercier, interprétée par Antonia Buresi, incarne une pédagogie axée sur le **dialogue horizontal** entre élèves et professeurs, rejetant les rapports de domination traditionnels. Elle souligne que le film ne se contente pas de décrire une jeunesse passive face aux *fake news* (fausses informations), mais montre au contraire une génération **active et déterminée**. Les acteurs et actrices ont été traités comme des collaborateurs à part entière, chacun ayant un personnage développé, sans figurants. Cette méthode a permis d’éviter les clichés et de donner une voix authentique aux jeunes, notamment sur des sujets comme l’égalité des chances ou les moyens alloués aux enseignants. Le film est présenté comme un outil de **prise de relais avec le réel**, où les discussions autour de l’œuvre peuvent agir au présent.

