Présidentielle : qui veut gouverner démocratiquement ?
L’ESSENTIEL Le recours au référendum et les appels à la souveraineté populaire s’imposent dans les discours de nombreux candidats et candidates à la présidentielle. Le référendum n’est pas une garantie de renforcement démocratique, il peut, au contraire, être un moyen d’affaiblir l’État de droit et les contre-pouvoirs.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027 en France, plusieurs candidats utilisent le référendum comme un outil central de leur discours politique. Jean-Luc Mélenchon propose de rendre la souveraineté populaire « permanente » via des référendums réguliers, tandis que Gabriel Attal souhaite consulter les Français·es « pourquoi pas tous les ans ». Édouard Philippe et Bruno Retailleau évoquent aussi une utilisation plus fréquente du référendum pour « redonner la parole au peuple ». Marine Le Pen, quant à elle, veut en faire un instrument clé pour inscrire des mesures comme la « priorité nationale » dans la Constitution ou soumettre des sujets sensibles (immigration, voile, fin de vie) directement au vote. Ces propositions partagent un même outil, mais visent des objectifs politiques distincts et accordent des pouvoirs variés aux citoyen·nes.
Les chercheurs parlent de « déconsolidation démocratique » pour décrire un phénomène où des démocraties libérales, comme la France, s’érodent de l’intérieur. Contrairement aux coups d’État classiques, cette fragilisation se fait progressivement, souvent sous couvert de renforcer la démocratie. Les gouvernants élus par des élections compétitives utilisent des outils comme le référendum pour contourner les contre-pouvoirs (juges, médias, experts) en les présentant comme corrompus ou hostiles au peuple. Cette stratégie est caractéristique des formes contemporaines de recul démocratique, où la volonté majoritaire prime sur les droits des minorités et l’État de droit. La déconsolidation ne se manifeste pas par des ruptures brutales, mais par une accumulation de réformes techniques qui affaiblissent progressivement les garanties démocratiques.
L’illibéralisme politique désigne une conception de la démocratie où la volonté majoritaire prime sur les droits fondamentaux et les contre-pouvoirs. Dans ce cadre, le référendum peut devenir un outil plébiscitaire, utilisé pour légitimer des décisions qui contournent les institutions traditionnelles. Par exemple, un gouvernement pourrait organiser un référendum pour imposer une réforme constitutionnelle controversée, tout en présentant cette démarche comme un retour à la souveraineté populaire. Cette approche s’inscrit dans une logique où les élites, les juges ou les médias sont accusés de trahir la volonté du peuple, justifiant ainsi l’affaiblissement des garde-fous démocratiques. L’illibéralisme et la déconsolidation démocratique sont souvent liés, car ils reposent sur une réinterprétation des règles du jeu politique.
Les citoyen·nes expriment une insatisfaction croissante envers les institutions démocratiques, mais cela ne signifie pas un rejet de la démocratie libérale. En réalité, la majorité des Français·es restent attachés à ce système, tout en étant mécontents de son fonctionnement. La question centrale est de savoir comment concilier la demande de souveraineté populaire avec le respect de l’État de droit et des droits des minorités. Les débats autour du référendum illustrent ces tensions : certains y voient un moyen d’élargir la participation citoyenne, tandis que d’autres craignent qu’il ne devienne un instrument pour contourner les contre-pouvoirs. La polarisation politique aggrave ces dilemmes, car les citoyen·nes tolèrent plus facilement les atteintes aux règles démocratiques si elles profitent à leur camp politique.
L’élection présidentielle de 2027 s’annonce comme un moment clé pour redéfinir ce que signifie gouverner démocratiquement. Les candidat·es proposent des visions opposées de la démocratie : pour certains, il s’agit d’étendre le pouvoir des citoyen·nes via des référendums ou des conventions citoyennes, tandis que pour d’autres, l’objectif est de renforcer l’efficacité du gouvernement en limitant les freins institutionnels. Les questions soulevées sont cruciales : quel pouvoir doit être rendu au peuple ? Par quelles institutions ? Avec quels droits pour les minorités ? Et quels contre-pouvoirs pour équilibrer le système ? Cette élection mettra en lumière une compétition entre différentes conceptions de la démocratie, où la souveraineté populaire sera opposée à la protection des droits fondamentaux et de l’État de droit.
Le 12 septembre 2026, une Convention citoyenne pour la démocratie a été lancée à Lille dans le cadre du programme *DemoCIS*. Cet événement rassemble des citoyen·nes, des parlementaires et des membres de la société civile pour réfléchir à l’équilibre des pouvoirs et à la représentation politique. L’objectif est d’explorer des pistes pour renforcer la démocratie, comme la réforme des institutions ou l’amélioration de la participation citoyenne. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la démocratie redevient un sujet de débat central, notamment face aux défis posés par les dérives autoritaires et les demandes de souveraineté populaire. Elle montre que la démocratie n’est pas un acquis, mais un système en constante évolution et en discussion.

