Retour d'Irak, en proie à la sécheresse
Après des années de guerre en Irak, la population est désormais victime d'un véritable "choc climatique". Activité humaine, guerres, déplacements de population et choix politiques, les causes de la sécheresse sont multiples..
En 2026, l'Irak fait face à une crise climatique majeure après des décennies de conflits. La province de Ninive, située dans le nord-ouest du pays, illustre cette situation : elle cumule les séquelles de la guerre contre l'État islamique (Daech), qui s'est terminé en 2017, et une sécheresse chronique aggravée par des températures dépassant régulièrement les 50°C en été. Cette région, autrefois agricole, voit ses terres devenir arides et ses habitants confrontés à un « choc climatique ». Les infrastructures détruites par les combats, comme à Sinjar, et l'absence de reconstruction aggravent la vulnérabilité de la population. Les déplacements massifs de personnes, notamment des minorités comme les Yézidis, ont laissé des villages abandonnés, où les cultures ne sont plus entretenues, accélérant la désertification.
La sécheresse en Irak résulte de plusieurs facteurs interconnectés. D'abord, l'activité humaine intensive, comme l'irrigation excessive ou la déforestation, a épuisé les ressources en eau. Ensuite, les guerres successives, notamment l'occupation par Daech entre 2014 et 2017, ont détruit les systèmes d'irrigation et les réseaux d'approvisionnement en eau. Les déplacements de population, avec plus d'un million de Yézidis fuyant les massacres en 2014, ont vidé les campagnes de leurs habitants, laissant les terres sans entretien. Enfin, les choix politiques, comme le manque d'investissements dans des infrastructures résilientes au climat, ont empêché une réponse adaptée. Les ONG et l'État irakien, déjà fragilisés par la corruption et les conflits internes, peinent à apporter une aide suffisante aux populations restantes.
La sécheresse a des conséquences dramatiques pour les habitants de Ninive. Environ 80 % de la population locale vivait autrefois de l'agriculture, mais les terres stériles et les pénuries d'eau rendent cette activité impossible. Les jeunes quittent massivement les campagnes pour les villes, où les opportunités de travail sont rares, créant un exode rural sans précédent. Les communautés yézidies, déjà traumatisées par le génocide de 2014 reconnu par l'ONU, subissent un nouveau choc : leurs villages, comme ceux de Sinjar, sont devenus des « villages fantômes », abandonnés et inhabitables. Les rares habitants restants, souvent des personnes âgées, n'ont accès ni à l'eau potable ni à une aide humanitaire suffisante, faute de moyens logistiques et de volonté politique.
Plusieurs acteurs jouent un rôle clé dans cette crise. Les ONG internationales, comme celles citées dans l'article, tentent d'apporter une aide d'urgence, mais leurs ressources sont limitées face à l'ampleur des besoins. L'État irakien, affaibli par des décennies de conflits et de divisions ethniques et religieuses, manque de moyens pour reconstruire les infrastructures ou financer des projets de résilience climatique. Les factions pro-iraniennes, mentionnées dans l'article, refusent de désarmer, aggravant l'instabilité et détournant des fonds publics vers des dépenses militaires plutôt que vers des solutions durables. Enfin, les communautés locales, comme les agriculteurs ou les minorités ethniques, sont les premières victimes, mais aussi les acteurs potentiels d'une relance économique si des solutions leur étaient proposées.
Face à cette crise, les perspectives restent incertaines. Sans une intervention coordonnée entre l'État irakien, les ONG et la communauté internationale, la situation pourrait s'aggraver, avec des risques accrus de conflits pour l'accès à l'eau ou de migrations massives vers l'Europe. Certains signes montrent une lente reprise, comme le retour progressif des chrétiens à Mossoul, mais ces initiatives restent marginales face à l'ampleur des défis. La jeunesse, comme le souligne le reportage de Chris Hubry pour *La Croix*, « tourne le dos aux champs » par manque de perspectives, ce qui aggrave le déclin démographique des zones rurales. Sans investissements ciblés dans des technologies d'irrigation durable ou des politiques de réinstallation, la province de Ninive pourrait devenir un symbole des conséquences du changement climatique dans les régions post-conflit.

