Mettons le paysage aux programmes !
Loin de la carte postale, le paysage est la relation à la fois intime et collective, quotidienne et occasionnelle, mais indispensable que chacun·e construit avec son territoire et les territoires visités. L’été 2026 marque la prise de conscience des transformations en cours qui détruisent les paysages auxquels nous sommes attaché·es.
L’article définit le paysage non pas comme une simple vue pittoresque ou une carte postale, mais comme une relation complexe entre les individus et leur environnement. Cette relation est à la fois intime et collective, quotidienne et occasionnelle, et elle se construit avec les territoires que nous habitons ou que nous visitons. Le paysage n’est donc pas un objet statique, mais une construction dynamique qui évolue avec nos perceptions, nos émotions et nos actions. L’auteure, Anne Sgard, géographe et professeure honoraire à l’université de Genève, souligne que cette relation est indispensable pour comprendre notre rapport au monde et à notre environnement.
L’été 2026 est présenté comme un moment charnière où les transformations des paysages deviennent visibles et tangibles pour une large partie de la population. En France, des paysages emblématiques subissent des changements radicaux : forêts ravagées par des incendies, montagnes fragilisées par des écroulements de falaises ou des laves torrentielles, villes surchauffées où les habitants cherchent désespérément de l’ombre, campagnes desséchées et jaunies. Ces transformations, souvent irréversibles, touchent les citadins comme les ruraux et suscitent des émotions fortes, allant de l’inquiétude à la colère, en passant par la nostalgie. L’auteure évoque le terme de solastalgie, popularisé par le philosophe Baptiste Morizot, pour décrire ce sentiment de détresse face à la disparition des paysages familiers.
L’article utilise le terme Anthropocène pour désigner une nouvelle ère géologique marquée par l’influence majeure des activités humaines sur la planète. Contrairement aux époques précédentes, les transformations actuelles sont globales, rapides et souvent irréversibles. Ce concept, bien que débattu par les scientifiques, est devenu courant pour décrire l’impact des activités humaines sur les écosystèmes, le climat et les paysages. L’Anthropocène impose de repenser notre rapport au monde et d’agir dans un contexte d’incertitude, en mobilisant de nouveaux imaginaires et en acceptant que le retour à un état antérieur ne soit pas toujours possible.
Face à ces transformations, le paysage joue un rôle clé en tant qu’outil de sensibilisation et de prise de conscience. Les changements visibles et sensibles qu’il subit agissent comme des alertes, permettant à chacun de mesurer l’ampleur des bouleversements en cours. Le paysage devient ainsi un moyen de comprendre la complexité des évolutions environnementales et de réfléchir collectivement aux paysages futurs. L’auteure propose de mobiliser le paysage comme un levier pour penser ensemble ces enjeux, en dépassant les approches purement techniques ou esthétiques pour intégrer une dimension à la fois sensible, sociale et politique.
Anne Sgard et son équipe, composée de géographes et de paysagistes en Suisse, France, Belgique et Québec, ont mené depuis 2014 des recherches pour développer une *didactique du paysage*. Leur objectif est de créer des outils et des méthodes permettant d’enseigner et d’apprendre avec le paysage, en intégrant cette approche dans les programmes éducatifs. Quatre ouvrages ont été publiés dans ce cadre, dont *Pour le paysage. Manifeste pour une didactique au service du territoire* (2023) et *Recherches en didactique pour engager. Dans le paysage* (2026), qui présentent des expérimentations et des résultats concrets. Cette démarche vise à former les citoyens, dès l’école, à une meilleure compréhension des enjeux liés aux paysages et à leur transformation.

