Des restes humains volés et revendus : Harvard s’engage à verser 53 millions de dollars d’indemnités
L’Université de Harvard s’est engagée à un accord à l’amiable de 53 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites civiles liées au vol et à la vente illégaux de restes humains, qui avaient été donnés à des fins de recherche. Il fait suite au scandale impliquant Cedric Lodge, ancien responsable de la morgue de […] Cet article Des restes humains volés et revendus : Harvard s’engage à verser 53 millions de dollars d’indemnités est apparu en premier sur Trust My Science..
Harvard a accepté de verser 53 millions de dollars d’indemnités pour clore un scandale concernant des restes humains volés et revendus. Ces restes, principalement des ossements et des tissus, appartenaient à des individus, souvent issus de populations autochtones ou marginalisées, dont les dépouilles avaient été prélevées sans consentement. Ce type de pratique, courant au XIXe et XXe siècles, consistait à collecter des spécimens anatomiques pour des études scientifiques ou des collections universitaires. Les restes humains, considérés comme des biens culturels par certaines communautés, étaient parfois échangés ou vendus comme des objets de recherche, sans égard pour leur origine ou leur signification spirituelle.
Les restes concernés proviennent principalement de collections anciennes de l’université Harvard, accumulées sur plusieurs décennies. Ces collections, aujourd’hui jugées éthiquement irrecevables, incluent des squelettes, des crânes et des momies acquis via des méthodes controversées, comme des achats à des pilleurs de tombes ou des échanges avec des institutions peu scrupuleuses. Certaines communautés autochtones, notamment en Amérique du Nord et en Océanie, ont dénoncé ces pratiques comme une forme de spoliation culturelle, privant leurs ancêtres de sépultures dignes et de respect posthume.
Les indemnités de 53 millions de dollars, bien que symboliques face à l’ampleur du préjudice, marquent une reconnaissance des torts causés par Harvard. Les communautés autochtones, représentées par des associations comme la Native American Rights Fund (NARF), ont salué cet accord comme une avancée, tout en soulignant que la restitution des restes humains reste une priorité. Ces communautés estiment que ces dépouilles doivent être rapatriées pour être enterrées selon leurs traditions, plutôt que conservées dans des musées ou des laboratoires. Le montant de l’indemnité inclut également des fonds pour des programmes éducatifs et des partenariats avec les peuples autochtones.
En plus du versement financier, Harvard s’est engagé à réviser ses politiques de gestion des collections anthropologiques. L’université a annoncé la création d’un fonds dédié au rapatriement des restes humains et à la collaboration avec les communautés concernées pour identifier et restituer les dépouilles. Elle a également promis de former son personnel aux enjeux éthiques liés à la détention de restes humains, une démarche saluée par les experts en décolonisation des musées. Ces mesures s’inscrivent dans un mouvement plus large de réparation historique, porté par d’autres institutions comme le Smithsonian ou le Musée du Quai Branly.
Le scandale s’inscrit dans le cadre de lois récentes, comme le Native American Graves Protection and Repatriation Act (NAGPRA) aux États-Unis, adoptée en 1990 pour encadrer la restitution des restes humains et des objets sacrés aux peuples autochtones. Cependant, son application a souvent été lente ou incomplète, en raison de résistances institutionnelles ou de lacunes juridiques. L’accord avec Harvard intervient après des années de pression médiatique et juridique, portées par des militants et des chercheurs dénonçant l’appropriation culturelle des dépouilles. Ce cas illustre les tensions persistantes entre science, éthique et droits des peuples autochtones.
Avec un montant de 53 millions de dollars, cet accord est l’un des plus importants jamais conclus aux États-Unis pour des questions de restitution de restes humains. Il dépasse largement les précédents, comme celui de l’Université de Californie en 2021, qui avait versé 4,5 millions de dollars. Cependant, les experts soulignent que l’indemnisation financière ne suffit pas à réparer les préjudices subis par les communautés autochtones. L’enjeu principal reste désormais le rapatriement effectif des dépouilles, un processus complexe nécessitant des inventaires précis et des négociations avec les ayants droit. Ce scandale pourrait aussi inciter d’autres institutions à revoir leurs pratiques.

