Bagdad, un millefeuille urbain en plein chamboulement
DE VILLE EN VILLE (3/5). Des édifices ottomans, des quartiers Art déco à l’abandon, des bâtiments futuristes en béton des années 1970 : la capitale irakienne est riche de mille et une strates, accumulées au fil d’une histoire mouvementée, raconte le journaliste australien Ben Buckland dans “Foreign Policy”.
Bagdad est une ville où se superposent des siècles d’histoire, formant un véritable millefeuille urbain. La capitale irakienne abrite des édifices ottomans, des quartiers Art déco abandonnés, des bâtiments en béton des années 1970 et même un gymnase conçu par l’architecte Le Corbusier, figure majeure du modernisme. Ces strates architecturales reflètent les influences successives qui ont marqué la ville, depuis l’Empire ottoman jusqu’à l’ère moderne. Par exemple, la gare de Bagdad, construite en 1953 par les Britanniques, illustre cette diversité : elle intègre des techniques architecturales adaptées à la chaleur, inspirées du sous-continent indien. Cette accumulation de styles et d’époques fait de Bagdad un laboratoire unique pour comprendre l’évolution des villes au fil du temps.
L’article évoque le destin de la communauté juive de Bagdad à travers le témoignage d’Isaac Amit, dont la famille a quitté l’Irak en 1971 après l’arrivée au pouvoir du parti Baas. Ce parti, fondé en 1947, a progressivement imposé un régime autoritaire en Irak. La famille Amit faisait partie des derniers représentants de cette communauté, qui a presque entièrement disparu du pays après des décennies de tensions politiques et sociales. Le journaliste Ben Buckland, auteur du reportage, cherche à localiser la maison d’Isaac Amit dans un quartier délabré de Bagdad, mais peine à l’identifier malgré un dessin fourni par ce dernier. Ce récit illustre les bouleversements démographiques et culturels qu’a connus la ville, où des générations de familles ont été contraintes à l’exil.
Bagdad est en pleine transformation, avec l’émergence d’une nouvelle ville moderne qui émerge aux côtés des quartiers historiques. Cette modernisation pose la question du patrimoine à conserver ou à rénover. Par exemple, des bâtiments Art déco ou des édifices ottomans, aujourd’hui à l’abandon, pourraient disparaître au profit de constructions neuves. Cette tension entre préservation et développement est au cœur des débats urbains actuels. Le journaliste souligne que la ville, avec ses 10 millions d’habitants, doit concilier croissance économique, besoins des habitants et respect de son histoire. La question se pose : faut-il effacer le passé pour construire l’avenir, ou au contraire intégrer ces strates dans une vision moderne de la ville ?
Ben Buckland, journaliste australien et auteur de l’article, explore Bagdad à travers le prisme de l’histoire et de l’architecture. Son parcours dans la ville, marqué par la recherche de la maison d’Isaac Amit, révèle les défis de la mémoire urbaine. Malgré l’aide d’un dessin détaillé, il peine à retrouver l’emplacement exact de cette demeure, symbole d’une époque révolue. Ce récit met en lumière la difficulté de préserver la mémoire collective dans une ville en constante mutation. Buckland, qui travaille pour Foreign Policy, un magazine américain spécialisé en politique internationale, s’appuie sur des témoignages et des archives pour restituer cette histoire complexe. Son approche illustre l’importance du journalisme de terrain pour comprendre les transformations des villes.
*Foreign Policy* est un magazine américain fondé en 1970, initialement dédié aux questions de politique étrangère américaine. Depuis 2000, il est devenu un bimestriel traitant de politique, d’économie et d’idées internationales. Dirigé par Ravi Agrawal depuis 2020, le magazine appartient à la Graham Holdings Company, qui possède également le site *Slate*. *Foreign Policy* se distingue par ses enquêtes journalistiques et ses contributions d’experts en relations internationales, offrant des perspectives variées. Son site internet, lancé dans les années 2000, est présenté comme le premier quotidien en ligne traitant de politique étrangère et de sécurité nationale. Le magazine a également développé des éditions étrangères, dont une au Moyen-Orient, pour élargir son audience.

