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Droit

À mesure que le droit d’asile recule, les déplacements s’inscrivent dans la durée

ONU : Migrants et réfugiés · mis à jour 25 sept.

Plus de 117 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer dans le monde actuel. Face à l’enlisement des guerres, à l’effondrement des financements humanitaires et au recul de la protection accordée aux réfugiés, un nombre croissant d’entre eux voient ce qui devait être un exil provisoire se prolonger pendant des années, voire des générations..

Deux crises des réfugiés

L’article distingue deux crises des réfugiés : une crise visible, liée aux conflits actuels comme ceux du Soudan, de l’Ukraine, du Yémen ou du Myanmar, qui poussent des populations à fuir massivement, et une crise silencieuse, celle du système international censé les protéger. Selon Barham Salih, nouveau Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), les déplacements de populations augmentent rapidement, mais les solutions pour les aider à rentrer chez elles ou à s’intégrer ne suivent pas. Les conflits, souvent longs et sans issue, transforment des déplacements temporaires en situations prolongées, parfois sur plusieurs générations. Par exemple, au Soudan, près de 12 millions de personnes sont déplacées, dont 4,5 millions ayant franchi les frontières. Cette situation illustre l’écart croissant entre l’urgence humanitaire et la recherche de solutions durables.

Financement humanitaire en chute

L’aide internationale destinée aux réfugiés et aux populations en crise recule fortement. Un rapport indépendant publié en septembre 2026 révèle que les financements humanitaires mondiaux ont diminué de 30 % entre 2022 et 2025, passant de 47,5 à 33,3 milliards de dollars. Parallèlement, 64 millions de personnes de moins ont reçu une aide en 2025 par rapport à l’année précédente. Aux États-Unis, premier contributeur historique du HCR, les dons sont tombés de plus de 800 millions de dollars en 2025 à environ 110 millions en 2026. Cette baisse des financements aggrave la précarité des réfugiés, notamment au Soudan, où la livre soudanaise a perdu près de la moitié de sa valeur depuis l’été 2026, rendant les produits de base inaccessibles. En Égypte, où 1,5 million de Soudanais ont fui, la réduction de l’aide a plongé certains réfugiés dans une extrême pauvreté.

Le cas du Soudan

Le Soudan est devenu l’épicentre d’une crise humanitaire et migratoire majeure. Depuis le début de la guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) en 2023, près de 12 millions de personnes ont été déplacées, dont 4,5 millions ayant franchi les frontières pour se réfugier dans les pays voisins. Barham Salih, Haut-Commissaire du HCR, souligne que tant que le conflit persistera, les déplacements continueront. L’aide humanitaire, bien qu’essentielle pour sauver des vies, ne peut apporter la paix nécessaire au retour des populations. La crise dépasse le cadre humanitaire : la livre soudanaise a perdu 50 % de sa valeur depuis l’été 2026, et les prix des denrées de base ont explosé. En Égypte, où 1,5 million de Soudanais ont trouvé refuge, la baisse des aides a plongé certains dans une précarité extrême, illustrant l’impact global de cette crise sur les pays voisins.

Le Yémen sous tension

Le Yémen, déjà en proie à une crise humanitaire prolongée, voit la situation se dégrader avec la reprise des combats. Ces derniers mois, plus de 130 000 personnes ont été déplacées, et des milliers ont traversé la mer Rouge vers Djibouti et la Somalie. Le HCR estime que 100 000 personnes supplémentaires pourraient être déplacées d’ici trois mois si les hostilités se poursuivent. Le plan d’aide pour le Yémen n’est financé qu’à moins de 20 %, ce qui limite drastiquement les moyens d’intervention. Cette situation rappelle celle du Soudan, où l’absence de solution politique transforme une crise temporaire en une situation durable, avec des conséquences économiques et sociales lourdes pour les populations et les pays d’accueil.

Droit d’asile en recul

Barham Salih a alerté le Conseil de sécurité sur la pression croissante exercée sur le droit d’asile, alors que plusieurs États cherchent à éloigner les demandeurs d’asile de leurs frontières. Il a rappelé que les États ont le droit de gérer leurs frontières, mais que cette gestion ne doit pas remettre en cause les principes fondamentaux de la protection des réfugiés. Le principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit des réfugiés, interdit de renvoyer une personne vers un territoire où elle risque la persécution ou des violations graves de ses droits. Salih a appelé à préserver ce principe, soulignant que les tensions actuelles ne justifient pas de renoncer à ces protections. Cette mise en garde intervient à l’occasion du 75e anniversaire de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951, qui encadre le droit d’asile au niveau international.

Retour des réfugiés : une solution ?

Barham Salih a souligné que le retour des réfugiés dans leur pays d’origine, bien que fréquent, ne suffit pas à résoudre une crise. Par exemple, en Syrie, 3,8 millions de déplacés internes ou de réfugiés à l’étranger sont rentrés depuis décembre 2024, et plus de 6 millions d’Afghans ont regagné leur pays ces dernières années, souvent dans des conditions difficiles. Cependant, franchir une frontière dans l’autre sens ne signifie pas que la crise est terminée. Salih a expliqué que le retour est un événement, tandis qu’une solution nécessite des conditions durables : reconstruction, sécurité et réintégration économique. Il a critiqué une approche qui se contente de maintenir les populations en vie sans chercher à résoudre les causes profondes des déplacements, comme l’absence de paix. Pour lui, aucune architecture humanitaire ne peut compenser indéfiniment l’absence de règlement politique.

Ce que ça pourrait changer

Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés a appelé à une réforme du système humanitaire pour éviter que l’urgence ne devienne un mode de vie permanent. Il a rejeté l’idée que le succès se mesure à la capacité de maintenir des populations en vie pendant des années de guerre ou de maintenir des camps de réfugiés pendant des décennies. Selon lui, la solution la plus durable au déplacement forcé reste la paix. Il a rappelé aux membres du Conseil de sécurité que le système actuel, bien qu’essentiel, ne peut remplacer une résolution politique des conflits. Cette vision critique une approche humanitaire qui, en l’absence de solutions politiques, se limite à gérer des crises sans lendemain, condamnant des générations à vivre dans l’incertitude et la précarité.

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