L’industrie musicale s’organise contre la fraude aux streams IA
L’industrie du disque prend son courage à deux mains pour lutter contre la fraude aux streams. De nouvelles lignes directrices vont être mises en place par les distributeurs pour empêcher les morceaux frauduleux générés par IA d’arriver sur les plateformes de streaming.
En juillet 2026, plus de la moitié des nouveaux titres téléversés sur la plateforme Deezer étaient générés par intelligence artificielle (IA). Cette tendance reflète l'explosion de la création musicale automatisée, où des algorithmes composent des morceaux sans intervention humaine directe. Les plateformes de streaming sont légalement obligées d'accepter tous les fichiers musicaux fournis par les distributeurs, y compris ceux produits par IA. Cette obligation, initialement conçue pour favoriser la liberté artistique, crée aujourd'hui un défi majeur : la saturation des catalogues par des contenus non authentiques. Deezer, comme d'autres acteurs du secteur, doit donc gérer cette croissance tout en luttant contre les abus qu'elle engendre.
La fraude aux streams désigne une pratique malhonnête où des acteurs utilisent des robots (bots) pour écouter en boucle des morceaux, générant ainsi des revenus artificiels via les droits d'auteur. En 2025, cette fraude représentait 8 % de l'ensemble des streams sur le catalogue de Deezer. Ces écoutes frauduleuses privent les artistes légitimes de revenus qui leur reviennent de droit, réduisant ainsi leurs recettes. Victoria Oakley, directrice générale de la Fédération internationale de l'industrie phonographique (IFPI), qualifie cette pratique de « vol ». Les plateformes tentent de limiter ces abus en étiquetant les morceaux générés par IA ou en démonétisant partiellement ces titres, mais ces mesures restent insuffisantes face à l'ampleur du phénomène.
Pour aider les utilisateurs à distinguer les morceaux authentiques de ceux générés par IA, les plateformes comme Deezer, Spotify et Apple Music ont mis en place des étiquettes ou des badges. Ces indicateurs visuels signalent clairement qu'un artiste ou un titre est produit par IA. Par exemple, Deezer a adopté cette solution dès mai 2026, tandis que Spotify et Apple Music ont suivi peu après. Cependant, ces étiquettes ne suffisent pas à endiguer la fraude, car les escrocs continuent de générer des revenus via des écoutes automatisées. Les plateformes explorent donc d'autres pistes, comme la démonétisation totale ou partielle des morceaux identifiés comme frauduleux.
Face à l'ampleur de la fraude aux streams, l'IFPI (Fédération internationale de l'industrie phonographique) a lancé en 2026 la Streaming Integrity Initiative (SII), une initiative visant à coordonner les efforts de toute l'industrie musicale. La SII propose un ensemble de pratiques communes pour prévenir, détecter et traiter la fraude, notamment en vérifiant la propriété des droits et l'identité des auteurs. Les participants s'engagent aussi à contrôler les contenus pour identifier les atteintes aux droits d'auteur et à prendre des mesures contre les récidivistes. Cette initiative s'inscrit dans la campagne End Streaming Fraud, lancée par l'IFPI pour sensibiliser à la menace que représente cette fraude pour l'écosystème musical.
Plusieurs acteurs clés du secteur musical ont rejoint la SII, dont des distributeurs comme Absolute Label Services, InnerCat, Secretly Distribution et Too Lost, ainsi que les trois majors du disque : Sony Music, Universal et Warner. Ces dernières tentent également de s'entendre avec les principaux générateurs de musique par IA pour harmoniser leurs pratiques. L'objectif est de créer un front commun contre la fraude, en empêchant les acteurs malveillants de passer d'une plateforme à une autre. Les mesures incluent aussi le renforcement des systèmes antifraude et la collaboration entre distributeurs et plateformes pour traquer les abus.

