La cour de révision annule la condamnation de Dany Leprince mais pas celles de Raymond Mis et Gabriel Thiennot
La Cour de révision a annulé la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince pour un quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994. Rien de tel dans l'affaire Mis et Thiennot, tous deux accusés du meurtre d'un garde-chasse en 1946.
La Cour de révision a annulé la condamnation à perpétuité de Dany Leprince, 69 ans, pour le quadruple meurtre de son frère, sa belle-sœur et ses deux nièces en 1994 dans la Sarthe. Cette décision est exceptionnelle car elle intervient après 18 ans de prison pour Leprince, ce qui en fait la peine la plus longue jamais révisée en France. La Cour a estimé que des éléments nouveaux, comme le doute sur la fiabilité des déclarations de sa petite-nièce Solène (2 ans et demi au moment des faits) et l'évolution des témoignages de son ex-épouse, justifiaient cette révision. Un nouveau procès aura lieu devant la cour d'assises du Maine-et-Loire, où Leprince sera jugé présumé innocent. Cette annulation est la 13e révision réussie en France pour une peine criminelle, mais la première à concerner une perpétuité.
Dany Leprince a été condamné en 1994 par la cour d'assises de la Sarthe, sans possibilité d'appel à l'époque. La loi a ensuite permis les appels en 2001, mais sa première demande de révision avait été rejetée en 2011. La Cour de révision, instance suprême chargée de réexaminer des affaires closes, a finalement accepté sa requête en 2026. Pour annuler une condamnation, elle doit identifier des éléments nouveaux (témoignages, preuves, erreurs procédurales) pouvant remettre en cause la culpabilité. Ici, les juges ont souligné le caractère suggestible des déclarations de Solène Leprince, influencées par son jeune âge, et les contradictions dans les propos de son ex-épouse, Martine Compain, désormais témoin assisté. Le procès en appel pourrait aboutir à un acquittement, comme dans 100 % des cas précédents de révision en France.
Dany Leprince, ému, a salué cette décision comme une victoire pour la vérité, tandis que son avocat, Olivier Morice, a qualifié l'annulation de château de cartes s'effondrant. Solène Leprince, seule rescapée du massacre, a exprimé un soulagement après des années de combat pour faire entendre son absence de souvenirs des faits. À l'inverse, Martine Compain, son ex-épouse, reste sous le statut de témoin assisté, et ses avocats insistent sur le fait qu'un nouveau procès ne présume pas de sa culpabilité. L'affaire soulève des questions sur la suggestibilité des enfants témoins et la fiabilité des aveux obtenus sous pression. Les proches de Leprince espèrent un procès rapide, car certains témoins et experts sont âgés ou décédés.
Contrairement au cas de Dany Leprince, la Cour de révision a refusé d'annuler la condamnation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot pour le meurtre d'un garde-chasse en 1946 dans l'Indre. Cette affaire, vieille de 80 ans, repose sur des aveux obtenus sous la torture et des preuves fragiles. Les requêtes successives n'ont pas permis d'écarter les charges initiales ni de désigner un autre coupable. Thierry Thiennot, fils de Gabriel, a réagi avec colère, dénonçant une justice défaillante et un système pourri, alors que 75 % des Français, selon lui, n'ont plus confiance en l'institution judiciaire. Cette décision marque l'échec de décennies de combat pour leur réhabilitation, malgré des éléments troublants comme des aveux extorqués.
Ces deux affaires illustrent les limites du système judiciaire français face aux erreurs judiciaires. La révision d'une condamnation est un processus rare et complexe, nécessitant des preuves *nouvelles* et *solides*. Pour Leprince, la Cour a reconnu que les éléments à charge étaient *fragilisés*, ouvrant la voie à un acquittement. Pour Mis et Thiennot, l'absence de tels éléments a scellé leur condamnation, malgré les doutes persistants. Ces cas rappellent l'importance des droits de la défense, du respect des procédures et de la protection des témoins vulnérables, comme les enfants. Ils soulèvent aussi des questions sur la mémoire judiciaire et la capacité à corriger des erreurs après des décennies.

