Soudan du Sud : les élections pourraient accroître le risque de crimes atroces, alertent des enquêteurs de l’ONU
Les premières élections nationales au Soudan du Sud depuis l’indépendance, en 2011, pourraient alimenter de nouvelles violences plutôt que contribuer à sortir le pays du conflit, ont averti jeudi des enquêteurs indépendants de l’ONU, qui redoutent, en l’absence de dialogue politique et de garanties pour un scrutin crédible, un risque accru de « crimes atroces »..
Le Soudan du Sud organise en 2026 ses premières élections nationales depuis son indépendance en 2011. Ce scrutin est présenté comme un moment clé pour le pays, mais des experts de l'ONU alertent sur les risques qu'il ne devienne un accélérateur de violences plutôt qu'une solution pacifique. Historiquement, le Soudan du Sud a connu des décennies de guerre civile, notamment entre 1983 et 2005, puis un nouveau conflit en 2013 après l'indépendance, causant des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Les élections de 2026 pourraient raviver ces tensions si elles ne sont pas préparées avec rigueur et inclusivité.
Une commission d'enquête de l'ONU, dirigée par Yasmin Sooka, craint que ces élections ne favorisent une augmentation des crimes atroces (génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre). Plusieurs facteurs alimentent cette inquiétude : la reprise des combats dans plusieurs régions, l'exclusion d'une partie de la population du processus politique, et l'affaiblissement des institutions démocratiques. Par exemple, des groupes armés et des partis d'opposition, comme le SPLM-IO (Mouvement populaire de libération du Soudan en opposition) dirigé par Riek Machar, sont marginalisés. Sans dialogue inclusif, ces tensions pourraient dégénérer en violences massives.
La Commission des Nations Unies identifie plusieurs éléments qui menacent la stabilité du scrutin. D'abord, la corruption et une gouvernance exclusive (où le pouvoir est concentré entre les mains d'un petit groupe) sapent la confiance dans les institutions. Ensuite, l'impunité (absence de poursuites pour les crimes passés) encourage les abus. Enfin, le recul de l'espace civique (libertés d'expression, d'association) limite la participation des citoyens et des médias. Ces problèmes sont aggravés par des discours incendiaires (appels à la haine ou à la violence) et la présence d'armes dans un contexte électoral tendu.
Pour éviter une escalade violente, la Commission onusienne exige plusieurs mesures urgentes. D'abord, un cessez-le-feu effectif et contrôlé doit être instauré et surveillé par des observateurs indépendants. Ensuite, les forces de sécurité (police, armée) doivent être unifiées sous un commandement neutre, sans partialité envers un parti. Les institutions électorales (organismes chargés d'organiser le vote) doivent être indépendantes et transparentes. Enfin, un mécanisme impartial de règlement des litiges est nécessaire pour éviter les contestations violentes des résultats. Sans ces garanties, le risque de fraude ou de manipulation est élevé.
Les enquêteurs de l'ONU insistent sur la nécessité d'un dialogue politique authentique et inclusif, associant tous les acteurs : le gouvernement, l'opposition (dont le SPLM-IO de Riek Machar), les groupes dissidents, la société civile, les femmes et les jeunes. Ils demandent également la libération des opposants détenus, comme Riek Machar, à moins qu'ils ne soient jugés rapidement par une juridiction indépendante. L'objectif est de rétablir un consensus (accord large) pour éviter que les élections ne deviennent un nouveau champ de bataille. L'Union africaine et l'IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement) sont appelées à jouer un rôle actif dans cette médiation.
La Commission onusienne sollicite un renforcement de la **diplomatie préventive** par les acteurs internationaux, notamment l'ONU, l'Union africaine et l'IGAD. Ces organisations sont invitées à exercer une pression diplomatique pour inciter les parties à respecter les règles du jeu électoral et à éviter les violences. Leur rôle est crucial pour garantir que le processus reste pacifique et crédible. Sans leur intervention, le risque est que les élections se transforment en un prétexte pour relancer les hostilités, comme cela s'est produit par le passé dans d'autres pays en conflit.

