Pourquoi les discours masculinistes attirent les ados et comment les en protéger
L'idéologie antiféministe connaît une nouvelle visibilité, notamment grâce aux réseaux sociaux. Des chercheurs et responsables politiques proposent des pistes pour protéger les adolescents..
Le masculinisme est un mouvement qui défend les intérêts des hommes en réaction aux avancées féministes. Il est apparu à la fin du XIXe siècle, mais a pris de l'ampleur dans les années 1980, après la deuxième vague féministe. À cette époque, des droits comme l'interruption volontaire de grossesse (IVG, légalisée en France en 1975) ont suscité l'hostilité des masculinistes, qui y voient une menace pour l'ordre social traditionnel. Ce mouvement s'appuie sur l'idée d'une supposée crise de la masculinité, évoquant la disparition d'un âge d'or où les hommes auraient bénéficié de plus de droits. Les masculinistes contemporains, comme ceux cités dans l'article (Alex Hitchens ou Ugo Gil Jimenez), prônent un retour à des valeurs traditionnelles, comme la famille nucléaire hétérosexuelle ou la suprématie masculine, et s'opposent aux droits des femmes, notamment en matière d'avortement ou de transition de genre.
Le masculinisme contemporain se présente comme un mouvement défendant les hommes dans une société jugée gynocentrée, c'est-à-dire dominée par les femmes. Il défend la virilité comme qualité essentielle pour séduire et réaffirme la supériorité masculine. Certains discours masculinistes s'opposent aux droits des femmes, comme l'accès à l'avortement, à la contraception ou aux transitions de genre. Selon le dernier rapport sur l'état du sexisme en France (publié en janvier 2026), 17 % des personnes de 15 ans et plus adhèrent à des formes de sexisme hostile, et 60 % des hommes estiment que les féministes ont des demandes exagérées. Ces chiffres illustrent l'ancrage du mouvement dans la société, notamment auprès des jeunes, qui sont particulièrement vulnérables en raison de leur construction identitaire.
Les réseaux sociaux, comme TikTok ou YouTube Short, jouent un rôle clé dans la diffusion des discours masculinistes. Une étude de l'université de Dublin (2024) montre qu'il suffit de 26 minutes de navigation sur ces plateformes pour qu'un utilisateur soit exposé à des contenus de la manosphère, un ensemble de communautés en ligne prônant des idées misogynes sous couvert de soutien aux hommes. Les algorithmes favorisent les contenus clivants, ce qui accélère la propagation de ces idées. Les influenceurs masculinistes utilisent un ton humoristique, des références à la pop culture ou un vocabulaire psychologique pour rendre leurs propos plus accessibles, notamment aux adolescents. Cette stratégie contribue à une dédiabolisation de leur rhétorique, facilitant son partage viral.
Un rapport du Sénat français, publié le 24 juin 2026, alerte sur les risques que représentent les mouvements masculinistes pour la démocratie et la cohésion sociale. Les rapporteures, Béatrice Gosselin (Les Républicains), Olivia Richard (Union Centriste) et Laurence Rossignol (Socialiste, Écologiste et Républicain), soulignent que ces mouvements attaquent le principe d'égalité entre les femmes et les hommes, disqualifient la parole des femmes et remettent en cause des droits acquis après des décennies de luttes. Elles appellent à une prise de conscience collective et à des mesures pour contrer cette idéologie, notamment via l'éducation et la régulation des plateformes numériques.
Pour protéger les jeunes des discours masculinistes, le rapport du Sénat propose 24 recommandations. Parmi elles, l'intégration de modules d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) dans les écoles, ainsi que des séances sur la compréhension des algorithmes et des stratégies discursives des influenceurs. Les parents sont également encouragés à dialoguer ouvertement avec leurs adolescents, sans recourir à la menace ou à l'interdiction, afin de maintenir un espace d'échange. La chercheuse Stephanie Lamy suggère aux pères de laisser davantage de place à la parole des mères pour équilibrer les discours. Enfin, il est recommandé aux jeunes d'adopter un usage responsable des réseaux sociaux et de diversifier les contenus qu'ils suivent.
Bien que les algorithmes des réseaux sociaux amplifient la diffusion des discours masculinistes, ils n'en sont pas la cause première. La sociologue Dimitra Laurence Larochelle rappelle que le masculinisme s'inscrit d'abord dans un phénomène sociétal plus large. Elle insiste sur la responsabilité des utilisateurs à construire un espace numérique pluraliste, où la misogynie et le sexisme n'ont pas leur place. Les jeunes, en tant que citoyens, sont appelés à développer un esprit critique et à s'informer via des médias variés. La lutte contre ces idéologies passe donc par une combinaison de régulation des plateformes, d'éducation et de sensibilisation, afin de préserver l'égalité et la cohésion sociale.

