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Géopolitique

Des dents de squelettes prouvent qu’on se droguait il y a 25 000 ans

Courrier International · mis à jour il y a 10 j

Les marques profondes et les composés psychoactifs découverts sur des dents de squelettes déterrés en Indonésie suggèrent que les chasseurs-cueilleurs mastiquaient des noix de bétel il y a 25 000 ans. C’est la plus ancienne preuve de consommation de drogue par l’homme..

Découverte archéologique majeure

Des chercheurs ont identifié la plus ancienne preuve connue de consommation de substances psychoactives chez l’être humain, remontant à 25 000 ans. Cette découverte a été réalisée grâce à l’analyse de deux squelettes de chasseurs-cueilleurs découverts en 2017 et 2018 sur l’île de Sulawesi, en Indonésie. Les dents de ces individus présentaient des traces d’usure profonde et des résidus de composés psychoactifs, suggérant une mastication régulière de noix de bétel. Cette plante, Areca catechu, est aujourd’hui la quatrième substance psychoactive la plus consommée au monde, après l’alcool, la caféine et la nicotine. Les résultats de cette étude ont été publiés le 9 septembre 2026 dans la revue Science Advances.

La noix de bétel, une drogue ancienne

Les noix de bétel, issues du palmier Areca catechu, sont consommées par environ 600 millions de personnes dans le monde, principalement en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique. Leur mastication provoque des effets euphorisants et stimulants, similaires à ceux de la nicotine, grâce à la présence d’un composé appelé arécoline. Cependant, cette pratique est associée à des risques sanitaires importants, comme une augmentation des cancers oraux et des maladies cardiovasculaires. Les chercheurs ont confirmé la présence d’arécoline dans les tissus dentaires des squelettes étudiés, en reproduisant l’effet de la salive sur des noix de bétel en laboratoire. Cette substance est donc bien à l’origine des traces retrouvées.

Hypothèses sur l'usage

Les scientifiques ignorent encore le rôle exact joué par la consommation de noix de bétel chez ces chasseurs-cueilleurs. Une hypothèse avancée est qu’elle servait à soulager des douleurs dentaires, comme une forme d’automédication. Cependant, cette pratique aurait pu créer un cercle vicieux : les noix, très abrasives, auraient endommagé les dents à long terme, aggravant les douleurs plutôt que de les apaiser. Adam Brumm, premier auteur de l’étude et chercheur à l’université Griffith en Australie, souligne que cette découverte révèle une utilisation précoce de plantes psychoactives, bien avant les preuves connues jusqu’alors, comme la bière en Israël (13 000 ans) ou les feuilles de coca au Pérou (8 000 ans).

Ce que ça pourrait changer

Cette étude s’inscrit dans un champ de recherche en plein essor, visant à comprendre les origines de la consommation de substances psychoactives chez l’humain. Sofia Samper Carro, archéologue à l’Université nationale australienne non impliquée dans l’étude, suggère que des hominidés plus anciens, comme les Néandertaliens, utilisaient déjà des remèdes naturels (plantes, champignons, insectes) pour traiter la douleur ou les infections. Les auteurs de l’étude estiment que cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur les pratiques culturelles et médicales des sociétés préhistoriques, tout en rappelant les dangers associés à la mastication de noix de bétel, encore observable aujourd’hui.

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