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Le cargo à voile va-t-il décarboner le transport maritime ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 1 j

Et si le vent redevenait le moteur du transport maritime ? Des cargos à voile de taille industrielle font aujourd’hui le pari de réduire fortement la consommation de carburant et les émissions du fret, sans renoncer à la régularité du transport..

Cargos à voile modernes

Les cargos à voile modernes sont des navires de fret équipés de voiles en plus de leurs moteurs traditionnels, conçus pour réduire leur dépendance aux carburants fossiles. Contrairement aux voiliers anciens, ces cargos utilisent des technologies avancées comme des voiles rigides en fibre de carbone ou des ailes rigides (des structures profilées inspirées de l’aérodynamique des avions), capables de s’adapter aux conditions météo. Par exemple, le Neoliner Origin, développé par l’entreprise française Neoline, est un cargo de 136 mètres de long pouvant transporter jusqu’à 5 000 tonnes de marchandises. Ces navires visent à diminuer les émissions de CO₂ du transport maritime, un secteur responsable d’environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Leur fonctionnement repose sur une combinaison de propulsion éolienne et motorisée, permettant de réduire la consommation de carburant de 30 à 50 % selon les conditions.

Enjeux climatiques

Le transport maritime est l’un des secteurs les plus polluants au monde, émettant près de 1 milliard de tonnes de CO₂ par an, soit plus que l’aviation civile. Les réglementations internationales, comme l’objectif de l’Organisation maritime internationale (OMI) de réduire de 50 % les émissions du secteur d’ici 2050, poussent les acteurs du secteur à innover. Les cargos à voile représentent une solution partielle, car ils ne peuvent pas remplacer entièrement les moteurs à carburant, notamment pour les trajets longs ou contre les vents défavorables. Cependant, ils offrent une alternative crédible pour les routes maritimes régulières et ventées, comme celles entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Leur adoption pourrait contribuer à atteindre les objectifs climatiques tout en maintenant la régularité des livraisons, un critère essentiel pour le commerce international.

Acteurs et innovation

Plusieurs entreprises et projets se distinguent dans le développement des cargos à voile. Neoline, fondée par Jean Zanuttini, est l’un des pionniers avec son projet Neoliner Origin, soutenu par des partenaires industriels et institutionnels. D’autres initiatives, comme celles portées par des start-ups ou des armateurs traditionnels, explorent des solutions hybrides combinant voiles, moteurs à hydrogène ou carburants moins polluants. Ces projets bénéficient parfois de subventions publiques ou d’aides européennes, dans le cadre de la transition écologique. Par exemple, le Neoliner Origin a reçu un soutien de l’État français et de l’Union européenne pour son développement. L’innovation porte aussi sur l’optimisation des routes maritimes en fonction des vents, grâce à des algorithmes et à des capteurs embarqués.

Limites et défis

Malgré leur potentiel, les cargos à voile font face à plusieurs défis majeurs. Leur vitesse est généralement plus lente que celle des cargos traditionnels, ce qui peut allonger les délais de livraison et impacter la compétitivité économique. De plus, leur capacité de chargement est souvent réduite, limitant leur usage à certains types de marchandises (non périssables ou peu urgentes). Les coûts initiaux d’investissement restent élevés, bien que les économies de carburant à long terme puissent compenser cette dépense. Enfin, leur déploiement à grande échelle dépendra de l’évolution des réglementations, des infrastructures portuaires adaptées et de l’acceptation par les chargeurs, qui privilégient souvent la rapidité et la fiabilité des transports traditionnels.

Ce que ça pourrait changer

Les cargos à voile ne suffiront pas à décarboner entièrement le transport maritime, mais ils pourraient jouer un rôle clé dans sa transition écologique. Leur adoption progressive dépendra de plusieurs facteurs : l’évolution des technologies, les politiques publiques incitatives, et la volonté des acteurs économiques de réduire leur empreinte carbone. À court terme, leur utilisation pourrait se limiter à des routes spécifiques ou à des niches commerciales. À plus long terme, leur intégration dans des flottes hybrides (voiles + carburants alternatifs) pourrait devenir une norme, surtout si les coûts des énergies fossiles continuent d’augmenter. Leur succès dépendra aussi de la capacité des ports à s’adapter à ces nouveaux navires, par exemple en installant des infrastructures pour recharger les batteries ou ravitailler en hydrogène.

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