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Culture

De la rue aux urnes, les étudiants serbes vers la victoire ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 16 j

Deux ans après l’effondrement survenu à la gare de Novi Sad, la jeunesse serbe, indignée par l'accident et dénonçant la responsabilité des autorités corrompues, s’est structurée politiquement. En vue des élections législatives, elle présente une liste derrière laquelle s'est rangée l'opposition..

Effondrement gare Novi Sad

Le 1er novembre 2024, l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad, en Serbie, a causé la mort de seize personnes. Cet accident a déclenché une vague de colère parmi les jeunes Serbes, qui accusent les autorités locales et nationales de corruption et de négligence. Les étudiants serbes, en particulier, ont vu dans ce drame la preuve d’un système politique et économique dysfonctionnel, où les contrats publics opaques et les pratiques de clientélisme favorisent l’impunité des responsables. Cet événement a marqué un tournant dans la mobilisation de la jeunesse serbe, qui s’est organisée pour dénoncer ces dysfonctionnements et exiger des changements structurels dans la gestion des affaires publiques.

Mobilisation étudiante

En réaction à l’effondrement de la gare et aux accusations de corruption, les étudiants serbes ont lancé un mouvement de protestation massif. Ils ont occupé les universités, organisé des plénums (assemblées sans leader, inspirées de la tradition yougoslave), et fédéré des groupes sociaux variés : enseignants, agriculteurs, retraités et habitants des zones rurales. Ce mouvement s’inscrit dans la continuité de revendications plus anciennes, comme la lutte contre l’exploitation du lithium ou le recul de l’État de droit en Serbie. Contrairement aux mobilisations passées, cette fois, les étudiants ont réussi à donner une dimension politique à leur colère, en structurant une liste électorale pour les législatives anticipées du 25 octobre 2026. Leur mobilisation a ainsi dépassé le cadre de la protestation pour s’engager dans une démarche de changement institutionnel.

Stratégie politique de Vučić

Aleksandar Vučić, président de la Serbie jusqu’à sa démission en 2026, a tenté de contrer la mobilisation étudiante par une stratégie en deux temps. D’une part, il a mis en place des mesures répressives, comme des opérations policières contre les rassemblements étudiants ou des tentatives de discréditer le mouvement en le présentant comme manipulé par l’étranger. D’autre part, il a adopté des gestes d’apaisement, comme la grâce accordée à quarante-neuf personnes poursuivies pour leur participation aux protestations, incluant à la fois des militants étudiants et des partisans du pouvoir accusés d’agressions contre ces derniers. Ces actions visaient à diviser le mouvement et à affaiblir son influence, tout en préparant un retour politique de Vučić au poste de Premier ministre.

Liste étudiante et opposition

Face à la pression du mouvement étudiant, une grande partie de l’opposition serbe s’est ralliée derrière une liste électorale portée par les étudiants pour les législatives du 25 octobre 2026. Cette alliance vise à battre Aleksandar Vučić et à transformer la colère sociale en un projet politique concret. Les étudiants, initialement perçus comme un groupe de protestataires, ont ainsi réussi à s’institutionnaliser et à gagner une légitimité politique. Leur liste incarne une alternative aux partis traditionnels, tout en maintenant une distance critique vis-à-vis de ces derniers. Cette dynamique illustre une mutation : d’une mobilisation de rue, les étudiants sont passés à une stratégie électorale, avec l’ambition de changer les équilibres politiques en Serbie.

Avancées contre la corruption

Le mouvement étudiant en Serbie a obtenu des avancées notables dans la lutte contre la corruption et le clientélisme, deux maux endémiques du système politique local. Grâce à la pression exercée par les protestations, plusieurs contrats publics opaques ont été remis en question, et des enquêtes ont été lancées pour évaluer la responsabilité des autorités dans des affaires comme l’effondrement de la gare de Novi Sad. Cependant, les résultats concrets restent limités : malgré les mobilisations, les structures de pouvoir traditionnelles résistent, et les changements structurels dans l’accès aux services publics ou la transparence des contrats peinent à se concrétiser. Le mouvement doit désormais prouver que son engagement peut se traduire par des réformes durables.

Ce que ça pourrait changer

Historiquement, la société serbe était fragmentée par des clivages politiques, géographiques et générationnels. Le mouvement étudiant a réussi à fédérer des groupes sociaux très divers, des urbains aux ruraux, des jeunes aux retraités, en s’appuyant sur des revendications communes comme la lutte contre la corruption ou l’exigence de dignité dans les services publics. Cette capacité à rassembler au-delà des divisions traditionnelles est l’un des succès majeurs de la mobilisation. Cependant, cette unification reste fragile : les partis politiques traditionnels, bien que partiellement alliés aux étudiants, conservent leurs propres agendas, et les tensions internes au mouvement pourraient resurgir à l’approche des élections. La question de l’autonomie du mouvement par rapport à ces partis reste donc un enjeu central.

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