Néanmoins Antonio Negri
Cette Majeure dédiée à Antonio Negri1 ne veut pas être un hommage dans la mesure où des réseaux que Negri lui-même a contribué à créer dans les dernières années de sa vie se sont chargés de cette tâche, en répliquant son Marx au-delà de Marx. L’hommage ayant été rendu bien avant sa disparition2, ce dossier … Continuer la lecture de Néanmoins Antonio Negri →.
Cet article rend hommage à Antonio Negri, philosophe et militant italien, figure majeure de la pensée critique contemporaine. Né en 1933 et décédé en 2023, Negri a marqué les débats intellectuels par ses analyses sur le pouvoir, le travail et la résistance. Il est notamment connu pour ses travaux en collaboration avec Michael Hardt, comme Empire (2000), où il développe une critique radicale des structures de domination globale. Le titre Néanmoins évoque une posture de résistance face aux obstacles, reflétant son engagement politique et théorique. Negri a été emprisonné en Italie dans les années 1970 pour son implication présumée dans des mouvements armés, avant de s’exiler en France. Son parcours illustre le lien entre théorie et pratique, entre réflexion académique et militantisme.
L’article est publié dans Multitudes, une revue francophone fondée en 1999, dédiée aux échanges entre philosophie, économie et politique. Elle se présente comme un espace de débat pour les courants critiques, notamment ceux inspirés par Negri. La revue explore des thèmes comme la globalisation, les nouvelles formes de travail ou les luttes sociales. Elle publie des numéros thématiques, comme le numéro 100 en automne 2025, et des articles en ligne accessibles via des plateformes comme Cairn ou Scopalto. Son approche vise à rendre accessibles des concepts complexes à un public large, en mêlant rigueur intellectuelle et engagement militant. La revue est publiée par les éditions Pollen Diffusion Populaire et s’appuie sur un réseau international de contributeurs.
Negri a développé des concepts clés comme la multitude, opposée à l’idée de peuple ou de classe, pour désigner une pluralité de singularités en résistance face au pouvoir. Dans Empire, il analyse la mondialisation comme un système de domination sans centre, où les États-nations perdent leur souveraineté au profit de réseaux économiques et politiques transnationaux. Il y introduit aussi la notion de travail immatériel, lié aux activités cognitives et créatives, qui devient central dans l’économie contemporaine. Ses travaux s’inscrivent dans la tradition de la philosophie politique italienne, aux côtés de penseurs comme Mario Tronti ou Paolo Virno. Negri a également exploré les liens entre capitalisme et subjectivité, montrant comment les individus sont à la fois exploités et producteurs de valeur.
Dans les années 1970, Negri a été accusé d’être membre des Brigades rouges, un groupe armé d’extrême gauche italien, bien qu’il ait toujours nié ces liens. Condamné en 1983 à 30 ans de prison pour « association subversive » et « complicité morale » dans des attentats, il fuit en France où il obtient l’asile politique. Pendant son exil, il continue ses recherches et enseigne à l’université de Paris VIII, où il influence une génération de chercheurs. Son cas illustre les tensions entre théorie et pratique, entre intellectualisme et militantisme, dans un contexte de lutte armée et de répression étatique. Son retour en Italie en 2003, après une grâce partielle, marque la fin d’une période de clandestinité.
Les idées de Negri ont inspiré des mouvements comme les Indignés en Espagne, Occupy Wall Street aux États-Unis ou les luttes pour la justice climatique. Son concept de multitude a été repris pour décrire des mobilisations décentralisées, sans leaders uniques, comme celles des Gilets jaunes en France. Negri a souligné l’importance de l’auto-organisation et de l’autonomie dans les luttes, rejetant les modèles traditionnels de parti ou de syndicat. Ses analyses sur le travail immatériel ont aussi éclairé les transformations du marché du travail, notamment avec l’essor du numérique et des plateformes. Son œuvre reste une référence pour comprendre les résistances contemporaines face aux inégalités et à l’autoritarisme.
Les travaux de Negri ont suscité des débats, notamment sur la violence politique et la légitimité des moyens de lutte. Certains lui reprochent d’avoir minimisé les risques de l’engagement armé, tandis que d’autres saluent sa capacité à repenser la démocratie dans un monde globalisé. Ses détracteurs pointent aussi l’abstraction de ses concepts, comme la *multitude*, jugée trop idéaliste pour rendre compte des réalités sociales concrètes. Malgré ces critiques, son influence persiste, notamment dans les milieux académiques et militants. La revue *Multitudes* joue un rôle clé dans la diffusion de ses idées, en les confrontant à d’autres courants de pensée et en les adaptant aux enjeux actuels.

