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Culture

Rébecca Chaillon, le théâtre militant

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 13 j

Autrice, metteuse en scène et performeuse, Rébecca Chaillon bouscule les codes et les institutions du théâtre avec des spectacles militants, entre revendications afro-féministes, droits des minorités queer et dénonciation de la grossophobie. Portrait d’une activiste de l'art..

Portrait d'une artiste

Rébecca Chaillon est une autrice, metteuse en scène et performeuse française née en 1985. Elle s'est fait connaître en utilisant le théâtre comme outil de militantisme, abordant des thèmes comme l'afro-féminisme, les droits des minorités queer et la dénonciation de la grossophobie. Son parcours commence dès l'école primaire en Picardie, où elle découvre le théâtre grâce aux mouvements d'éducation populaire des années 1990. Elle explique avoir grandi sans voir son identité reflétée dans les récits ou les personnages de théâtre, ce qui a nourri sa volonté de donner une voix aux récits invisibilisés. Son approche artistique se caractérise par une volonté de provoquer et de bousculer les codes traditionnels du théâtre, en intégrant des dispositifs scéniques innovants et des publics souvent exclus des salles de spectacle.

Théâtre et militantisme

Pour Rébecca Chaillon, tout est politique, notamment à travers son engagement artistique. Elle affirme que son corps de femme noire, grosse et queer est au cœur de ses créations, comme en témoigne sa phrase : « Tous les matins, je me lève et je suis là, je suis toujours grosse, je suis toujours noire, je suis toujours une meuf, je suis toujours gouine ». Ses spectacles, comme Carte noire nommée désir (2021), explorent les stéréotypes subis par les femmes noires et ont suscité des réactions violentes, incluant des agressions racistes envers ses actrices et un cyberharcèlement massif à son encontre. Six personnes ont été condamnées pour ces actes. Son travail vise à interroger le gaze (le regard porté sur une œuvre ou un artiste), en adaptant ses récits à des publics spécifiques, comme des femmes noires ou des personnes grosses, et en modifiant les infrastructures des salles pour les rendre accessibles.

Innovation scénique

Rébecca Chaillon repousse les limites du théâtre en intégrant des dispositifs scéniques qui remettent en question les normes institutionnelles. Par exemple, pour son spectacle La Parabole du Seum présenté au festival d'Avignon en juillet 2026, elle a adapté la scénographie pour inclure des personnes marginalisées, grosses et non blanches, en modifiant les sièges des salles pour supprimer les accoudoirs jugés inconfortables. Ce spectacle, inspiré du roman La Parabole du semeur de l'autrice afro-américaine Octavia Butler, aborde des thèmes comme le fascisme, la religion et l'astrologie, tout en dénonçant la grossophobie et la surconsommation. Ses interprètes s'appuient sur leurs vécus personnels pour créer une performance à la fois provocatrice et engagée, mêlant provocation et réflexion critique.

Ce que ça pourrait changer

Les créations de Rébecca Chaillon suscitent des réactions fortes, tant positives que négatives. Son spectacle *Carte noire nommée désir* a déclenché une vague de cyberharcèlement en 2021, entraînant des condamnations judiciaires pour six des harceleurs. Ces réactions illustrent les tensions autour du théâtre militant, qui bouscule les conventions et interroge les institutions culturelles sur leur rôle dans la représentation des minorités. Ses spectacles invitent à repenser l'accès à la culture pour des publics souvent exclus, tout en provoquant des débats sur la place de l'art dans la société. Pour Rébecca Chaillon, ces réactions font partie intégrante de son processus créatif, qui vise à transformer le théâtre en un espace de résistance et de visibilité pour les voix marginalisées.

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