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Dengue, Zika

The Conversation France · mis à jour il y a 19 j

Les moustiques invasifs ne constituent pas seulement une menace sanitaire : ils représentent aussi un coût économique majeur. Une étude internationale estime qu’entre 1975 et 2020, les maladies transmises par les moustiques Aedes ont engendré au moins 94,7 milliards de dollars de pertes dans le monde.

Moustiques invasifs menace

Les moustiques du genre Aedes, comme le moustique tigre (Aedes albopictus) ou le moustique de la fièvre jaune (Aedes aegypti), sont des espèces dites invasives car elles se propagent rapidement hors de leur aire d’origine, souvent grâce aux échanges commerciaux et au réchauffement climatique. Ces moustiques transmettent des virus dangereux comme la dengue, la fièvre jaune, le chikungunya ou le Zika, provoquant des épidémies dans le monde entier. Leur impact n’est pas seulement sanitaire : ils génèrent aussi des coûts économiques colossaux, estimés à au moins 94,7 milliards de dollars entre 1975 et 2020, selon une étude publiée en 2024 dans Science of The Total Environment. Ces maladies, autrefois limitées aux régions tropicales, touchent désormais plus de 100 pays, avec des flambées épidémiques de plus en plus fréquentes et graves.

Coûts économiques records

Entre 1975 et 2020, les maladies transmises par les moustiques Aedes ont coûté au moins 94,7 milliards de dollars (en dollars de 2022), avec des pics dépassant 20 milliards en 2013. Ces dépenses incluent les coûts médicaux (hospitalisations, traitements), les pertes de productivité (arrêts de travail), les dépenses publiques de surveillance et de lutte (campagnes de démoustication, insecticides) ainsi que des impacts indirects comme la baisse du tourisme. La dengue représente à elle seule près de 80 % de ces coûts. Les estimations hautes, incluant les séquelles à long terme, pourraient dépasser 300 milliards de dollars, un montant comparable aux catastrophes naturelles majeures comme l’ouragan Katrina ou la marée noire de Deepwater Horizon.

Sous-estimation des coûts

Les 94,7 milliards de dollars estimés ne reflètent qu’une partie des dépenses réelles, car de nombreux pays, notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, ne disposent pas des moyens pour documenter ces coûts. Les dépenses informelles des ménages, les pertes économiques non déclarées, les séquelles à long terme (handicaps, troubles neurologiques) ou les impacts sur le tourisme sont rarement comptabilisés. Cette sous-estimation révèle aussi des inégalités : les pays les plus touchés sont souvent ceux qui ont les systèmes de surveillance les plus fragiles. La facture réelle pourrait donc être bien plus élevée que les chiffres officiels.

Prévention négligée

Les dépenses consacrées à la prévention et à la lutte antivectorielle (surveillance des moustiques, gestion des eaux stagnantes, méthodes innovantes comme les moustiques stériles ou porteurs de Wolbachia) restent largement inférieures aux coûts engendrés par les épidémies. Les données montrent que les dépenses de « dommages et pertes » (conséquences des maladies) sont environ dix fois supérieures aux investissements en prévention. Cette logique court-termiste est économiquement inefficace, car un renforcement des mesures préventives pourrait réduire significativement la charge globale à long terme. Pourtant, les bénéfices de la prévention sont moins visibles et moins médiatisés que les coûts des épidémies.

Inégalités sociales aggravées

Les maladies transmises par les moustiques Aedes touchent de manière disproportionnée les populations urbaines défavorisées, vivant dans des environnements précaires (accès limité à l’eau potable, assainissement défaillant, habitat dense). Ces conditions favorisent la prolifération des moustiques et aggravent les risques sanitaires et économiques. Lorsqu’un membre d’un foyer tombe malade, les conséquences incluent des pertes de revenus, une déscolarisation temporaire des enfants et un endettement pour financer les soins. À l’échelle collective, ces micro-chocs économiques s’additionnent, pesant sur les systèmes de santé et les économies locales.

Expansion mondiale des risques

Les moustiques Aedes ne sont plus cantonnés aux régions tropicales. Le moustique tigre (Aedes albopictus) s’est implanté en Europe et en Amérique du Nord, et des cas autochtones de dengue ou de chikungunya ont été observés en France en 2025. Les projections climatiques suggèrent que leur aire de répartition pourrait encore s’étendre dans les décennies à venir. Cette mondialisation du phénomène transforme un problème autrefois perçu comme « tropical » en un enjeu global, nécessitant une réponse coordonnée et préventive à l’échelle internationale.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’ampleur des coûts économiques et sanitaires, la lutte contre les moustiques *Aedes* doit être considérée comme un investissement collectif plutôt que comme une dépense ponctuelle. Renforcer la prévention, la surveillance et les infrastructures urbaines (gestion des eaux stagnantes, assainissement) permettrait de limiter les épidémies futures. Des méthodes innovantes, comme l’utilisation de moustiques stériles ou porteurs de la bactérie *Wolbachia*, sont déjà testées avec succès, notamment en Nouvelle-Calédonie. Une approche proactive et budgétairement équilibrée est essentielle pour éviter des coûts bien plus élevés demain, tant sur le plan sanitaire qu’économique.

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