La Terre tourne trop vite et la seconde intercalaire menace de faire planter nos systèmes
Le Bureau international des poids et mesures pourrait voter dès octobre 2026 la suppression de la seconde intercalaire et son remplacement par une heure intercalaire..
La Terre tourne sur elle-même un peu plus vite que prévu ces dernières années. Ce phénomène, appelé accélération de la rotation terrestre, signifie que chaque journée est légèrement plus courte que les 24 heures standard. Les scientifiques mesurent cette rotation grâce à des instruments ultra-précis comme les horloges atomiques, qui définissent le temps universel coordonné (UTC), la référence temporelle mondiale. Depuis les années 1970, une seconde intercalaire était ajoutée environ tous les 18 mois pour compenser le ralentissement naturel de la Terre. Mais depuis 2020, la tendance s’inverse : la Terre accélère, ce qui pourrait rendre nécessaire l’ajout d’une seconde intercalaire négative, c’est-à-dire le retrait d’une seconde pour réaligner les horloges avec la rotation terrestre. Cette situation est inédite depuis l’adoption de ce système en 1972.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette accélération, selon les scientifiques. Parmi eux, les mouvements des masses d’eau et de glace, notamment la fonte des glaciers aux pôles, modifient la répartition de la masse terrestre. Cela affecte la vitesse de rotation de la planète, un peu comme une patineuse qui tourne plus vite en ramenant ses bras vers son corps. D’autres phénomènes, comme les variations des courants-jets dans l’atmosphère ou les séismes profonds, pourraient aussi jouer un rôle. Cependant, les mécanismes exacts restent mal compris et font l’objet de recherches actives. Cette accélération n’est pas perceptible à l’échelle humaine, mais elle a des conséquences majeures sur les systèmes informatiques.
La seconde intercalaire est un ajustement temporel utilisé pour maintenir l’alignement entre le temps atomique international (TAI), basé sur les horloges atomiques, et le temps universel (UT1), basé sur la rotation de la Terre. Jusqu’à présent, seules des secondes intercalaires positives étaient ajoutées, ce qui n’a jamais posé de problème majeur. Mais l’éventualité d’une seconde intercalaire négative, c’est-à-dire le retrait d’une seconde, inquiète les experts en informatique. Les systèmes numériques, comme les serveurs, les réseaux ou les satellites, pourraient dysfonctionner en cas de manipulation brutale du temps. Par exemple, en 2012, une seconde intercalaire avait déjà causé des pannes sur des sites comme Reddit ou LinkedIn. Les géants du numérique, comme Google ou Meta, ont déjà alerté sur les risques de cette pratique, jugée trop risquée pour les infrastructures modernes.
Les conséquences d’une seconde intercalaire négative pourraient être graves pour plusieurs secteurs. Les systèmes financiers, dépendants de transactions ultra-rapides, pourraient enregistrer des erreurs de synchronisation, entraînant des pertes ou des perturbations. Les réseaux de télécommunications, les GPS ou les systèmes de navigation aérienne pourraient aussi être affectés, avec des risques de collisions ou de déviations de trajectoire. Même les marchés boursiers, où chaque milliseconde compte, pourraient subir des perturbations. Les entreprises technologiques ont déjà commencé à tester des solutions, comme la gestion décentralisée du temps ou l’ajustement progressif des horloges, mais aucune méthode n’est encore universellement adoptée. Les autorités internationales, comme l’Union internationale des télécommunications (UIT), étudient la question, mais aucune décision n’a encore été prise pour abandonner ou modifier le système des secondes intercalaires.
Face à ce défi, plusieurs pistes sont explorées pour éviter une crise des systèmes numériques. L’une des solutions consisterait à abandonner purement et simplement les secondes intercalaires, en laissant le temps atomique et le temps universel diverger progressivement. Cette option, soutenue par des entreprises comme Meta ou Google, permettrait d’éviter les ajustements brutaux, mais elle poserait des problèmes pour les applications nécessitant une synchronisation précise avec la rotation terrestre, comme l’astronomie. Une autre approche serait d’introduire des ajustements plus fréquents mais moins importants, par exemple en ajoutant ou retirant des millisecondes plutôt que des secondes entières. Enfin, certaines organisations proposent de développer des protocoles de gestion du temps plus robustes, capables de s’adapter aux variations de la rotation terrestre sans interruption. Aucune de ces solutions n’a encore été adoptée à l’échelle mondiale.

