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Environnement

Dans le Doubs, l’alliance inattendue entre chasseurs, écolos et agriculteurs pour repenser le statut «nuisible» du renard

Vert.eco · mis à jour il y a 16 j

France nature environnement, la fédération de chasse du Doubs et la branche locale de la FNSEA participent depuis six ans à une étude sur l'efficacité de la chasse au renard roux. Un des objectifs : mieux protéger les poulaillers sur le territoire comtois.

Alliance locale inédite

Dans le département du Doubs, des acteurs habituellement opposés – chasseurs, écologistes (FNE, LPO), agriculteurs (FNSEA) et scientifiques – ont uni leurs forces depuis 2021 autour du programme Careli. Cette collaboration vise à étudier l’impact du statut « nuisible » du renard roux, une espèce classée comme « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (Esod) par l’État. Ce statut permet sa capture et destruction toute l’année, malgré les critiques des associations écologistes dénonçant un « massacre injustifié ». L’objectif est de rassembler des données objectives pour éclairer une décision politique nationale, attendue en août 2026, qui fixera la liste des Esod pour trois ans. Les tensions entre ces mondes sont fortes, mais une charte de neutralité et l’implication de scientifiques comme Patrick Giraudoux, professeur émérite d’écologie, ont permis de dépasser les clivages.

Enjeux contradictoires

Les débats autour du renard opposent deux visions principales. D’un côté, les chasseurs et certains agriculteurs soulignent son rôle dans la propagation de maladies comme l’échinococcose alvéolaire, une pathologie parasitaire grave présente en Franche-Comté. De l’autre, les défenseurs du renard mettent en avant son utilité écologique : il régule les populations de campagnols, responsables de dégâts dans les prairies, et limite la propagation des tiques, vectrices de maladies. La profession agricole est elle-même divisée, entre éleveurs de volailles craignant les attaques et ceux estimant que le renard a un rôle bénéfique. Ces arguments, souvent sans données chiffrées, alimentaient des échanges stériles jusqu’à l’émergence du programme Careli en 2021.

Méthode scientifique partagée

Le programme Careli repose sur une méthodologie scientifique rigoureuse pour comparer deux zones dans le Doubs : l’une où le renard est protégé (une première en France), l’autre où il reste classé Esod. Les acteurs se répartissent les tâches : la FNE recense les prédations dans 231 élevages de volailles, la Fredon étudie l’évolution des campagnols et des tiques, les chasseurs effectuent des comptages nocturnes de renards, et la LPO réalise des suivis diurnes des oiseaux. La FNSEA assure la communication. L’objectif est d’évaluer l’efficacité du statut Esod sur plusieurs critères : dégâts dans les poulaillers, transmission de maladies, pullulations de campagnols, et impact sur les populations d’oiseaux ou de lièvres. Une charte de neutralité a été signée pour éviter les tensions, avec pour mot d’ordre : « On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science ! ».

Origines de la coopération

Cette alliance s’inscrit dans une histoire locale de coopération, notamment depuis les années 1990, où chasseurs, agriculteurs et scientifiques avaient déjà collaboré pour réduire l’usage de la bromadiolone, un poison utilisé contre les campagnols. Simon Calla, sociologue ayant étudié le programme, souligne une « fenêtre d’opportunité » au tournant des années 2020 : le monde de la chasse, critiqué, cherche à se légitimer en intégrant les enjeux environnementaux. Parallèlement, les défenseurs du renard accumulent des preuves scientifiques pour demander son retrait de la liste des Esod. En 2019, 1 600 lettres sont envoyées à la préfecture du Doubs pour soutenir cette cause. Didier Pépin, bénévole à FNE Doubs, raconte avoir d’abord été sceptique, avant de reconnaître que participer au programme était la meilleure option pour le renard.

Premiers résultats surprenants

En juillet 2025, une étude publiée dans la revue Scientific Reports révèle que le statut Esod n’a pas réduit significativement les populations de renards ni les dégâts dans les poulaillers dans le Doubs. Ces conclusions rejoignent celles du Muséum national d’histoire naturelle, qui a analysé l’efficacité de la chasse aux « nuisibles » à l’échelle nationale. Cependant, l’étude montre qu’une protection renforcée des poulaillers (clôtures hautes et basses) réduit efficacement les attaques. Pour Didier Pépin, ces résultats invalident les arguments des chasseurs, tandis que Thibaut Powolny, directeur technique de la Fédération des chasseurs du Doubs, estime que la chasse n’ayant pas d’impact sur les populations, son maintien se justifie. Les tensions persistent, chacun interprétant les données à sa manière.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les résultats du programme *Careli*, l’État a prolongé pour trois ans le statut Esod du renard dans le Doubs, un choix qualifié de *« paradoxe »* par Patrick Giraudoux. Les scientifiques demandent à maintenir ce statut pour poursuivre leurs expérimentations, tout en reconnaissant son inadéquation actuelle. Une étude finale, prévue pour 2027, analysera d’autres enjeux comme l’impact du piégeage sur les campagnols et les tiques. Geoffroy Couval, de la Fredon, craint que cette période de collaboration ne débouche sur un retour aux conflits une fois les résultats complets connus. En attendant, le débat national sur la liste des Esod, attendu pour août 2026, reste ouvert.

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