La résurgence de P’tit Belliveau
Le musicien offre avec son nouvel album homonyme un refuge à l’abri du marasme ambiant..
P’tit Belliveau est un projet musical mené par Jonah Guimond, un artiste acadien originaire du Nouveau-Brunswick (Canada). Son nom est inspiré de son grand-père maternel. Contrairement à une idée reçue, P’tit Belliveau n’est pas une personne, mais un pseudonyme artistique. L’artiste suit un cycle régulier de production : il sort un nouvel album tous les deux ans environ. Entre ces parutions, il se produit sur scène, principalement au Québec, en alternant entre l’écriture de nouvelles chansons et les tournées. Ce rythme lui permet de s’inspirer de ses expériences de vie et des réactions du public pour façonner ses créations. Son dernier album, éponyme et sorti en 2026, marque son deuxième projet indépendant après celui de 2024.
Pour son album de 2026, Jonah Guimond a choisi de s’éloigner des arrangements électroniques qui caractérisaient ses précédents travaux pour revenir à des sonorités plus traditionnelles, inspirées de la country et du pop-rock des débuts de sa carrière. Cette transition n’a pas été simple : il a dû apprendre à jouer de nouveaux instruments comme l’accordéon, le pennywhistle (une petite flûte droite) et enregistrer pour la première fois des drums (batterie) en studio. Ces apprentissages ont ralenti le processus de création, qu’il décrit comme ayant pris « forever ». L’album compte trois collaborations : Caleb Gallant au bodhrán (un tambour irlandais), Valérie Lachance-Guillemette au saxophone, et le rappeur Kinji00 sur un titre utilisant une production numérique.
Les textes de P’tit Belliveau abordent des sujets variés, mais cette fois, ils reflètent une préoccupation plus marquée pour les enjeux contemporains comme l’intelligence artificielle, la fin du monde ou la perte de sens dans une société axée sur la rentabilité. Ces thèmes contrastent avec une musique généralement optimiste, créant un équilibre entre gravité et légèreté. L’artiste rend aussi hommage à son héritage acadien en reprenant Si longtemps séparé, une chanson emblématique du Congrès mondial acadien de 1999 en Louisiane. Il imagine également une baie Sainte-Marie souveraine dans un titre en collaboration avec Kinji00. Ces choix reflètent une volonté de célébrer ses racines tout en s’interrogeant sur l’avenir.
Jonah Guimond a ressenti une pression croissante liée à sa carrière musicale, notamment en raison des attentes liées à son indépendance artistique et aux objectifs professionnels qu’il s’était fixés. Après avoir rempli des salles comme le Club Soda ou le MTelus à Montréal, il a réalisé que ces expériences, bien qu’enrichissantes, ne correspondaient pas à sa véritable motivation : jouer pour le plaisir des fans dans des lieux plus intimistes. Cette prise de conscience l’a conduit à abandonner les contraintes qu’il s’imposait pour se recentrer sur ce qui le passionne vraiment : la création musicale et le contact direct avec le public. Il a ainsi décidé de ne plus apprendre systématiquement toutes les chansons de ses albums, privilégiant celles qui résonnent le plus avec son audience.
Pour Jonah Guimond, la musique est avant tout un moyen de transmettre des émotions et de créer du lien. Il décrit son art comme un outil capable de « jeter un rêve dans la tête du monde » sans avoir besoin de longues explications. Bien qu’il reconnaisse que son métier ne lui apporte pas de réponses aux questions existentielles, il estime que sa musique peut agir comme un baume pour son public. Son objectif est clair : faire ressentir de la joie et du bien-être à travers ses compositions. Cette philosophie guide désormais son approche artistique, après une période de remise en question. Son prochain spectacle intégrera des titres populaires, confirmant son désir de partager une expérience musicale authentique et accessible.

