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Culture

Relancer la natalité : conseils et avertissements des artistes

France Culture - Savoirs · mis à jour 4 sept.

Après la publication fin août par le Medef d'un volet de mesure pour relancer la natalité, détour par la littérature et le cinéma pour répondre à cette grande question : d'Annie Ernaux à Kore-eda, pourquoi (encore) faire des enfants ?.

Medef et natalité

Fin août 2026, le Medef, principal syndicat patronal français, a publié un ensemble de mesures visant à encourager la natalité en France. Ces propositions s'inscrivent dans un contexte où le taux de fécondité en France, traditionnellement élevé en Europe, montre des signes de baisse. Le Medef n'a pas détaillé le nombre exact de mesures proposées, mais celles-ci pourraient inclure des incitations financières, fiscales ou des aménagements du temps de travail pour les parents. L'objectif affiché est de soutenir la croissance économique future, en supposant qu'une population active nombreuse favorise la prospérité. Cependant, ces propositions soulèvent des questions sur leur efficacité et leur acceptabilité sociale, notamment dans un pays où les débats sur la parentalité et les conditions de vie des familles sont déjà vifs.

Dystopies et natalité

La science-fiction, et plus particulièrement les dystopies, explore souvent les conséquences d'une baisse de la natalité à travers des scénarios catastrophiques. Deux œuvres majeures illustrent cette tendance. La Servante écarlate de Margaret Atwood (1985) dépeint une société où les femmes fertiles sont réduites à leur rôle de mères, dans un contexte de crise démographique extrême. Le roman montre comment le pouvoir politique instrumentalise le corps des femmes pour assurer la survie de l'humanité. Les Fils de l'homme (2006) d'Alfonso Cuarón, adapté du roman de P.D. James, présente un monde où l'humanité est devenue stérile, sauf pour une femme migrante clandestine qui donne naissance à un enfant, symbole d'espoir. Ces récits interrogent les motivations profondes de la procréation et les risques encourus lorsque la société néglige l'avenir des générations futures.

Annie Ernaux et sacrifice

Dans La Femme gelée (1981), Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, décrit le renoncement à soi-même qu'implique la maternité à travers le récit autobiographique de sa vie de femme et de mère. Elle évoque notamment le premier matin après la naissance de son enfant, où elle se retrouve seule face aux tâches domestiques, avec un bébé en pleurs et une maison en désordre. Ernaux y dépeint la maternité comme une perte d'autonomie, une réduction de la vie personnelle à des rôles sociaux (épouse, mère, gestionnaire du foyer) et une précarisation économique du foyer. Son analyse, bien que datée des années 1980, reste pertinente pour comprendre les freins culturels et sociaux à la natalité, notamment pour les femmes qui aspirent à une vie professionnelle ou personnelle épanouie.

Kore-eda et abandon

Nobody knows (2004) du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda aborde la question de la natalité sous l'angle de l'abandon parental. Le film raconte l'histoire de quatre enfants laissés à eux-mêmes après que leur mère, incapable de subvenir à leurs besoins, a choisi de les quitter. Kore-eda interroge ainsi la place accordée à l'enfance dans une société où les valeurs dominantes sont le travail et la consommation. Le film met en lumière les inégalités sociales et économiques qui peuvent pousser des parents à renoncer à élever leurs enfants, soulignant les limites des politiques publiques en matière de soutien à la parentalité. Ce thème résonne particulièrement dans un contexte où les inégalités de revenus et l'accès au logement restent des défis majeurs.

Ce que ça pourrait changer

Le film *Le Village des damnés* (1960), adapté du roman de John Wyndham, propose une vision terrifiante des conséquences de la procréation dans un monde en crise. Dans cette dystopie, des enfants aux pouvoirs psychiques maléfiques prennent le contrôle d'un village, révélant les peurs liées à l'éducation des nouvelles générations. Le film, sorti en pleine guerre froide, reflète les angoisses de l'époque face à l'avenir de l'humanité. Il pose une question toujours actuelle : les enfants, une fois devenus adultes, ne risquent-ils pas de se retourner contre leurs parents, ou contre la société qui les a mis au monde dans des conditions difficiles ? Cette œuvre illustre les craintes liées à la transmission des inégalités et des crises environnementales aux générations futures.

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