Bubble tea, fluffy pancakes
Marqueurs d’une nouvelle street food mondialisée, bubble tea, fluffy pancakes et corn dogs séduisent par une esthétique attractive, ludique ou des textures étonnantes, et sont largement popularisés sur TikTok, Instagram, etc. Mais ces aliments sont généralement trop gras, trop sucrés, trop salés et ultratransformés.
Une génération de plats de rue, comme le bubble tea, les fluffy pancakes ou les corn dogs, a conquis les réseaux sociaux grâce à leur apparence spectaculaire et leurs textures uniques. Ces produits, souvent colorés et photogéniques, sont conçus pour être partagés en ligne avant même d’être dégustés. Leur succès repose sur des caractéristiques visuelles et sensorielles fortes, comme les perles gélifiées du bubble tea, la texture aérienne des fluffy pancakes ou l’étirement du fromage dans les corn dogs. Ces plats, originaires de pays comme Taïwan, le Japon, la Corée du Sud ou les États-Unis, se sont mondialisés et envahissent désormais les rues des villes européennes, transformant l’espace public en une scène gastronomique médiatisée. Leur diffusion est amplifiée par des plateformes comme TikTok ou Instagram, où des hashtags comme #bubbletea ou #fluffypancakes génèrent des millions de vues.
Derrière leur succès visuel, ces plats cachent souvent des recettes riches en sucre, en graisses ou en sel, ce qui pose des questions de santé publique. Par exemple, un verre standard de bubble tea peut contenir entre 30 et 60 grammes de sucre, soit l’équivalent de 6 à 12 morceaux de sucre, ce qui favorise la surconsommation calorique, les caries ou la prise de poids. Les fluffy pancakes accompagnés de sirop ou de crème atteignent facilement 350 à 500 calories par portion, avec un apport glucidique rapide. Les corn dogs, quant à eux, combinent saucisse et pâte frite, souvent enrichie en fromage, ce qui en fait des produits riches en graisses et en sel. Ces aliments sont également souvent classés comme ultratransformés, c’est-à-dire qu’ils contiennent des additifs, des amidons modifiés ou des agents levants pour stabiliser leurs textures ou renforcer leur attrait visuel.
Les réseaux sociaux et le langage marketing utilisé suggèrent que ces produits visent principalement trois types de consommateurs. D’abord, les jeunes urbains âgés de 15 à 35 ans, particulièrement sensibles aux tendances alimentaires et à l’esthétique visuelle. Ensuite, les utilisateurs actifs des réseaux sociaux, pour qui la photogénie et le partage en ligne sont des critères de consommation. Enfin, les curieux gastronomiques, attirés par l’expérimentation de textures inédites comme chewy (mou, élastique), airy (aéré) ou gooey (collant). Le vocabulaire marketing, souvent en anglais et rapide, met l’accent sur le plaisir immédiat et la visibilité sur les réseaux plutôt que sur la dimension nutritionnelle, renforçant ainsi l’attrait pour ces produits.
Ces plats trouvent leurs racines dans des pays asiatiques comme Taïwan, le Japon ou la Corée du Sud, où ils sont devenus des symboles de la culture culinaire locale avant de se mondialiser. Par exemple, le bubble tea est né à Taïwan dans les années 1980, tandis que les fluffy pancakes japonais ont été popularisés dans les cafés de Tokyo et d’Osaka au début des années 2000. Les corn dogs, quant à eux, ont une origine à la fois américaine et coréenne, avec des variantes locales comme le korean corn dog garni de mozzarella ou de pommes de terre. Leur diffusion mondiale s’accompagne d’une adaptation aux goûts locaux, tout en conservant leur esthétique et leur dimension virale, comme en témoignent les hashtags #koreancorndog ou #soufflepancake.
Si ces produits ne posent pas de problème lorsqu’ils sont consommés occasionnellement, leur banalisation dans les pratiques alimentaires quotidiennes, notamment comme snacks ou goûters, soulève des enjeux de santé publique. Les nutritionnistes s’inquiètent de leur impact sur les déséquilibres alimentaires, notamment chez les jeunes, en raison de leur teneur élevée en sucre, en graisses et en sel. L’article souligne que la question n’est pas d’interdire ces produits, mais de rappeler l’importance de la modération et d’une alimentation équilibrée. Des versions allégées, comme la réduction du sucre ou l’utilisation d’ingrédients moins transformés, pourraient permettre de concilier plaisir et attention nutritionnelle, tout en conservant l’attrait visuel et sensoriel de ces plats.
Ces nouvelles icônes de la street food reflètent une évolution des cultures alimentaires contemporaines, où l’alimentation n’est plus seulement une question de goût ou de nutrition, mais aussi d’images, de langage et d’identité sociale. Dans les villes connectées, manger devient une expérience visuelle, sociale et numérique, où la valeur d’un plat se mesure autant à son esthétique qu’à sa saveur. Cette transformation s’inscrit dans un phénomène plus large de *gastrodiplomatie*, où des plats comme le *bubble tea* deviennent des instruments de soft power pour des pays comme Taïwan. Cependant, cette évolution pose la question de l’équilibre entre créativité culinaire et santé publique, notamment dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient la diffusion de ces tendances.

