Suisse : le casse-tête des parents frontaliers avant la rentrée
Ces dernières semaines, plusieurs dizaines de couples résidant en France et travaillant en Suisse ont réfléchi à la façon d’échapper à la fin, progressive, de la scolarisation des enfants frontaliers à Genève. Avec plus ou moins de réussite..
La rentrée scolaire d'août 2024 marque la fin d'un régime spécial pour les familles frontalières scolarisant leurs enfants à Genève, en Suisse. Ce régime permettait aux enfants de parents travaillant en Suisse mais résidant en France voisine de suivre leur scolarité dans le canton genevois. Les élèves déjà inscrits en primaire, au cycle élémentaire ou dans le secondaire II (lycée) pourront terminer leur formation dans leurs établissements actuels. En revanche, ceux devant commencer le cycle d'orientation (CO), le collège ou l'école de culture générale (équivalent des quatre premières années du secondaire français) devront désormais étudier en France. Cette décision a été prise par le Conseil d'État genevois, l'organe exécutif du canton. Environ 160 enfants sur les 2 500 scolarisés actuellement à Genève devraient ainsi basculer vers le système français à la rentrée.
La nouvelle règle plonge de nombreuses familles frontalières dans l'incertitude et les pousse à envisager des solutions extrêmes pour maintenir leurs enfants dans le système genevois. Frédéric, membre du collectif École pour tous, décrit les dilemmes auxquels sont confrontés les parents : séparation temporaire du couple, déménagement chez des grands-parents, ou même la vente d'un bien immobilier en France pour financer un retour en Suisse. Ces familles, souvent installées en France pour des raisons de coût de la vie, doivent désormais choisir entre le maintien de leur logement français et l'accès à l'éducation genevoise. Cindy, une Genevoise mère de quatre enfants, illustre cette situation : son couple a déménagé en France en 2018 pour des raisons financières, mais cherche désormais activement un logement à Genève pour ses enfants scolarisés en France, sans succès en raison des prix élevés (moins de 3 500 francs suisses, soit environ 3 780 euros, par mois pour six personnes).
Depuis 2018, les inscriptions scolaires à Genève pour les enfants frontaliers font l'objet de contrôles stricts pour vérifier leur éligibilité. Pour s'inscrire au cycle d'orientation ou à l'école primaire, les parents doivent fournir plusieurs documents : une preuve d'affiliation à l'assurance-maladie de l'enfant (système suisse de santé), une attestation de résidence délivrée par l'office cantonal de la population et des migrations, un bail à loyer, un extrait du registre foncier ou encore la dernière facture des services industriels de Genève. Le Conseil d'État a récemment étendu ces contrôles pour les inscriptions aux collèges et écoles de culture générale, justifiant cette mesure par un souci d'harmonisation des procédures. Une disposition précise que l'enfant ne peut être domicilié chez un proche que si ses parents y ont également leur domicile. Ces règles visent à lutter contre les fraudes, mais sont perçues par certains comme un excès de zèle envers les familles frontalières.
Face à ces contraintes, les familles frontalières explorent diverses solutions pour contourner la règle. Selon un sondage informel mené par le collectif École pour tous auprès de 43 parents, 20 ont trouvé un moyen de maintenir leur enfant dans le système scolaire public genevois, tandis que 10 ont opté pour le privé en Suisse. Neuf familles ont mis en vente un bien immobilier en France pour financer un retour en Suisse. D'autres, comme Steve, un père de famille gagnant environ 10 000 francs suisses (10 800 euros) avec sa compagne, ont choisi de basculer leurs trois enfants dans le système français par manque de moyens. Cette décision s'accompagne d'inquiétudes, notamment le risque que les enfants sautent une année scolaire en raison des différences entre les systèmes éducatifs suisse et français. Malgré ces défis, Steve reste positif, soulignant que ses enfants connaissent déjà leur nouveau quartier.
Le gouvernement genevois justifie la fin du régime transitoire par des économies estimées à 27 millions de francs suisses (29 millions d'euros) sur cinq ans. Cependant, le collectif *École pour tous* doute que ces économies se concrétisent, arguant que les familles priorisent l'éducation de leurs enfants avant leur logement. Le *Service de la recherche en éducation* de Genève évoque une *forte incertitude* pour les années suivantes concernant les effectifs scolaires. Frédéric, du collectif, critique cette mesure en soulignant que les autorités ont sous-estimé l'attachement des familles à l'éducation genevoise. Par ailleurs, les contrôles administratifs renforcés soulèvent des questions sur leur efficacité réelle et leur impact sur les familles frontalières, déjà fragilisées par les différences de coût de la vie entre la Suisse et la France.

