Alexandre Yersin, de la Suisse au laboratoire de Louis Pasteur
De sa naissance à Morges, en Suisse, en 1863 à son départ pour l'Indochine en 1890 en passant par le laboratoire de Louis Pasteur, ce premier épisode des "Inconnus de l'histoire" diffusé en 1981 suit les débuts d'Alexandre Yersin, médecin et bactériologiste, découvreur du bacille de la peste..
Alexandre Yersin naît le 22 septembre 1863 à Morges, en Suisse, trois semaines après la mort de son père. Son enfance est marquée par une éducation calviniste stricte, qui façonne un caractère indépendant et austère. Selon sa petite-nièce Yvonne Bastardot, il se distingue par son détachement des honneurs et des opinions d'autrui. Ces traits de personnalité, forgés dès son plus jeune âge, influenceront plus tard son approche de la science et de la médecine. Le calvinisme est une doctrine protestante fondée au XVIe siècle par Jean Calvin, mettant l'accent sur la rigueur morale et la discipline personnelle.
En 1884, Yersin commence ses études de médecine à Marbourg, en Allemagne, avant de s'installer à Paris à l'automne 1885. Il y rencontre le docteur Émile Roux, qui lui ouvre les portes du laboratoire de Louis Pasteur, situé rue d'Ulm à Paris. Pasteur, célèbre pour ses travaux sur les microbes et la pasteurisation, est une figure majeure de la science du XIXe siècle. Sous la direction de Roux, Yersin soutient sa thèse sur la tuberculose expérimentale en 1888. La même année, il participe à une découverte majeure : l'identification de la toxine diphtérique, une substance toxique produite par la bactérie responsable de la diphtérie, une maladie infectieuse grave.
Yersin adopte une vision exigeante de la médecine, qu'il considère comme un sacerdoce, c'est-à-dire une vocation presque religieuse. Dans une lettre adressée à sa mère le 29 janvier 1891, il écrit : « Je considère la médecine comme un sacerdoce ainsi que le pastorat. Demander de l'argent pour soigner un malade, c'est un peu lui dire la bourse ou la vie. » Cette position reflète son refus de commercialiser ses découvertes ou de transformer la médecine en une activité lucrative. Pour lui, soigner doit rester un acte désintéressé, guidé uniquement par l'éthique et l'altruisme.
En 1894, Yersin identifie le bacille de la peste, une bactérie responsable de la peste bubonique, une maladie infectieuse mortelle qui a causé des épidémies dévastatrices dans l'histoire. Cette découverte, réalisée alors qu'il travaille en Indochine, lui vaut une reconnaissance internationale. Le bacille est une bactérie en forme de bâtonnet, étudiée en microbiologie pour comprendre les maladies infectieuses. Yersin est aujourd'hui plus célèbre au Vietnam qu'en Europe, où son héritage scientifique reste moins connu.
Le 21 septembre 1890, Yersin quitte Marseille pour l'Indochine en tant que médecin de bord du navire *Oxus*. Ce voyage marque un tournant dans sa carrière, car il abandonne progressivement la recherche fondamentale en laboratoire pour se consacrer à des missions sur le terrain. En Indochine, il s'installe définitivement et y passe le reste de sa vie, jusqu'à sa mort en 1943. Ce choix illustre son désir d'aventure et son engagement à appliquer ses connaissances médicales dans des contextes concrets, loin des institutions européennes.

