L'Instant poésie de Séphora Pondi : "Ulysse", de James Joyce
Séphora Pondi a choisi le monologue Molly Bloom, l'un des plus célèbres de la littérature, qui clôt le roman "Ulysse" de James Joyce, pour sa fulgurance, sa musicalité, et son art de créer de la poésie à partir du quotidien..
Séphora Pondi, comédienne et écrivaine pensionnaire de la Comédie-Française, présente dans L’Instant poésie un extrait marquant du roman Ulysse de James Joyce : le monologue de Molly Bloom. Ce passage, qui clôt le livre, est salué pour sa fulgurance, sa musicalité et sa capacité à transformer le quotidien en poésie. Séphora Pondi a découvert ce texte lors de ses études de théâtre, où une amie lui avait suggéré d’incarner ce personnage. Le monologue se distingue par son absence de ponctuation et son évocation du désir féminin, le tout dans une langue innovante et vertigineuse, inédite dans l’histoire littéraire. Joyce y dépeint les pensées intimes de Molly Bloom, une femme mariée, avec une intensité et une liberté de ton rares pour l’époque.
Le monologue de Molly Bloom illustre la technique du courant de conscience (stream of consciousness en anglais), une innovation majeure de James Joyce dans Ulysse. Cette méthode consiste à retranscrire les pensées d’un personnage telles qu’elles se présentent à son esprit, sans filtre ni structure narrative classique. Le passage s’étend sur 69 pages et n’est divisé qu’en 8 paragraphes, poussant cette technique à son paroxysme. Joyce y donne directement accès aux pensées de Molly Bloom, sans ponctuation ni logique apparente, reflétant le flux continu et souvent chaotique de la conscience humaine. Cette approche, développée tout au long du roman, marque un tournant dans la littérature moderne en brisant les conventions narratives traditionnelles.
James Joyce, né à Dublin en 1882 et mort à Zurich en 1941, est l’un des écrivains les plus influents du XXe siècle. Son roman Ulysse, publié intégralement en 1922 à Paris, est considéré comme une œuvre fondatrice de la littérature moderne. L’intrigue se déroule sur une seule journée, le 16 juin 1904, dans la vie de trois habitants de Dublin : Leopold Bloom, son épouse Molly Bloom, et Stephen Dedalus. Ce choix du 16 juin n’est pas anodin : c’est la date du premier rendez-vous entre Joyce et son épouse, Nora Barnacle, en 1904. L’écrivain a vécu en exil volontaire à partir de cette année, résidant principalement à Trieste, Zurich et Paris. Ulysse s’inspire librement de L’Odyssée d’Homère, mais transpose l’épopée antique dans un cadre urbain et contemporain.
James Joyce a révolutionné la littérature avec Ulysse en introduisant des techniques narratives audacieuses. Outre le courant de conscience, l’auteur utilise des jeux de mots, des références culturelles et des associations d’idées pour créer une langue riche et complexe. Le monologue de Molly Bloom, par exemple, mêle souvenirs, impressions et émotions sans aucune ponctuation, ce qui rend sa lecture exigeante mais profondément immersive. Cette liberté stylistique a fait de Joyce un pionnier du modernisme littéraire. Ulysse est aujourd’hui étudié et célébré pour sa capacité à capturer la complexité de l’expérience humaine à travers une langue à la fois poétique et révolutionnaire.
L’extrait du monologue de Molly Bloom, cité dans l’article, illustre la richesse et la liberté de ce passage. Molly évoque des souvenirs, des paysages et des émotions, comme la rose qu’elle portait dans ses cheveux ou la mer cramoisie, en une phrase ininterrompue. Elle y exprime son désir et son attachement à Leopold Bloom, tout en laissant libre cours à ses pensées, qui oscillent entre nostalgie, sensualité et observations du monde. Ce flux de conscience, sans début ni fin clairs, reflète la subjectivité et l’intimité du personnage. La musicalité du texte, avec ses répétitions et ses images poétiques, en fait l’un des monologues les plus célèbres de la littérature mondiale.

