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L’indépendance de l’Alberta parmi les enjeux de l’Assemblée des Premières Nations

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 23 j

Grands projets, protection de l'enfance et logement figurent parmi les principaux dossiers..

APN : réunion annuelle

Du 14 au 16 juillet 2024, l'Assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations (APN) se tient à Ottawa, au Centre Rogers. Plus de 630 chefs de Premières Nations y participent pour débattre de plus de cinquante résolutions couvrant des enjeux variés comme les droits issus des traités, le logement, la santé, la justice ou encore la protection de l'enfance. Cette réunion annuelle sert à définir les priorités politiques des communautés autochtones pour les mois à venir. L'APN est une organisation nationale qui représente les intérêts des Premières Nations au Canada, jouant un rôle clé dans les négociations avec le gouvernement fédéral. La rencontre se déroule dans un contexte de tensions persistantes avec Ottawa, notamment après l'adoption controversée de la Loi C-5 en 2023.

Loi C-5 : tensions persistantes

La Loi C-5, adoptée près d'un an avant cette réunion, est au cœur des débats. Présentée par le gouvernement libéral de Mark Carney comme un outil pour accélérer les grands projets d'intérêt national, cette loi suscite une forte méfiance parmi les Premières Nations. Celles-ci estiment que le gouvernement fédéral ne respecte pas pleinement leurs droits et son obligation constitutionnelle de consultation. La loi vise à simplifier les processus d'approbation des projets, mais les communautés autochtones craignent qu'elle ne les prive de leur droit à être consultées de manière significative avant toute décision affectant leurs terres ou leurs droits. Le gouvernement justifie cette loi par des tensions économiques et commerciales accrues avec les États-Unis, nécessitant des projets rapides.

Indépendance de l'Alberta

Un autre enjeu majeur de cette assemblée est l'émergence de velléités indépendantistes en Alberta. La cheffe nationale de l'APN, Cindy Woodhouse Nepinak, a rappelé que les terres des Premières Nations ne font pas partie du territoire revendiqué par les partisans de la séparation. Elle a également exprimé sa crainte que cette situation ne soit alimentée par des ingérences étrangères. En revanche, le chef de la Première Nation de Cold Lake, Kelsey Jacko, a adopté un ton plus radical en déclarant que we are at war (nous sommes en guerre). Cet enjeu divise les communautés autochtones, certaines craignant une fragmentation du Canada, tandis que d'autres y voient une opportunité politique.

Consentement autochtone

Plusieurs résolutions présentées lors de cette assemblée demandent à l'APN de défendre le principe du consentement libre, préalable et éclairé des Premières Nations. Ce principe, reconnu par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, exige que les communautés autochtones soient consultées et donnent leur accord avant que des projets ne soient menés sur leurs terres. Les résolutions visent à protéger les droits des Premières Nations face aux initiatives fédérales accélérant les projets d'infrastructure et d'énergie, comme ceux prévus par la Loi C-5. L'objectif est de s'assurer que les communautés bénéficient réellement des retombées économiques promises et que leurs droits ne soient pas ignorés.

Eau potable : loi C-37

Le projet de loi C-37, présenté par Ottawa comme une avancée pour mettre fin aux crises d'eau potable dans les réserves, suscite des inquiétudes. Bien que le gouvernement le présente comme historique, plusieurs Premières Nations craignent qu'il ne réponde pas pleinement à leurs revendications en matière de gouvernance et de protection de l'eau. Une séance plénière sera consacrée à ce texte lors de l'assemblée. Les chefs examineront des résolutions réclamant une nouvelle loi sur l'eau potable, une stratégie nationale sur la sécurité de l'eau, ainsi qu'un financement accru pour résorber les retards persistants en matière d'infrastructures. Près de 30 % des réserves au Canada ont encore des problèmes d'eau potable, selon des rapports récents.

Logement et infrastructures

Le logement figure parmi les priorités de cette assemblée. Une séance plénière sera consacrée au droit à un logement sécuritaire et au développement d'une stratégie fédérale sur le logement autochtone. Plusieurs résolutions réclament des investissements supplémentaires pour répondre à la pénurie chronique de logements dans les communautés autochtones. Les infrastructures, notamment celles liées à l'eau et à l'assainissement, sont également un sujet de préoccupation. Les communautés autochtones font face à des retards importants en matière de développement, avec des besoins estimés à plusieurs milliards de dollars pour rattraper le retard accumulé.

Protection de l'enfance

La réforme des services à l'enfance et à la famille reste un dossier incontournable. Une séance plénière fera le point sur les suites de la décision du Tribunal canadien des droits de la personne concernant les services offerts à l'extérieur de l'Ontario. Les chefs devront se prononcer sur des résolutions dénonçant les écarts persistants de financement et réclamant une réforme durable du système. Ces résolutions concernent notamment les membres des Premières Nations vivant hors réserve, qui sont souvent exclus des services adaptés. Le système actuel est critiqué pour son manque de financement et son incapacité à répondre aux besoins spécifiques des enfants autochtones.

Ce que ça pourrait changer

Au-delà des enjeux économiques et sociaux, plusieurs résolutions visent à réaffirmer les droits politiques des Premières Nations. Les chefs devront se prononcer sur la création d'une Maison internationale des traités, le renouvellement du mécanisme bilatéral permanent entre l'APN et le gouvernement fédéral, ainsi que sur des mesures pour renforcer l'autodétermination. La réconciliation sera également un thème central, avec une résolution d'urgence proposant de criminaliser la négation de l'existence des pensionnats pour Autochtones. Une autre résolution demande la poursuite des démarches auprès du Vatican concernant les bulles papales associées à la *Doctrine de la découverte*, un concept historique utilisé pour justifier la colonisation.

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