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Géopolitique

Au Mali, Ras Bath et Rose Vie Chère risquent gros mais ont pour eux “l’honneur et la dignité”

Courrier International · mis à jour il y a 20 j

Dix ans d’emprisonnement ont été requis, mardi 11 août, contre l’activiste malien Ras Bath, qui comparaît à son procès aux côtés de la militante Rose Vie Chère, après trois ans de détention préventive. Accusé notamment d’“atteinte au crédit de l’État”, le célèbre chroniqueur a courageusement livré une “profession de foi constitutionnelle”, selon la presse..

Deux activistes en procès

Le 10 août 2026, le procès de deux figures militantes maliennes s’est ouvert devant la chambre criminelle de la cour d’appel de Bamako. Mohamed Youssouf Bathily, surnommé Ras Bath, chroniqueur radio très connu, et Rokia Doumbia, dite Rose Vie Chère ou Rose Poivron, militante contre la hausse des prix, comparaissent ensemble. Ils sont accusés d’“association de malfaiteurs” et d’“atteinte au crédit de l’État à travers les technologies de l’information et de la communication”. Le procureur a requis contre eux des peines de dix ans de prison ferme pour Ras Bath, et dix ans dont cinq avec sursis pour Rose Vie Chère, assorties d’amendes de 240 000 francs CFA (environ 366 euros). Leur procès est qualifié de “moment judiciaire exceptionnel” par certains médias, en raison de son importance symbolique et du contexte politique et social tendu au Mali.

Contexte politique et social

Le procès de Ras Bath et Rose Vie Chère intervient dans un contexte de fortes tensions sociales au Mali, marquées par une flambée des prix et une crise économique persistante. Les deux accusés dénonçaient publiquement, avant leur arrestation en mars 2023, la cherté de la vie et les difficultés économiques du pays. Leur arrestation et leur procès s’inscrivent dans un climat où les autorités maliennes semblent très sensibles aux critiques, notamment celles relayées par les médias ou les réseaux sociaux. Le procureur a souligné que leur inflexibilité face aux accusations, ainsi que la sévérité des peines requises, en font un dossier pénal emblématique, bien au-delà d’un simple cas judiciaire. La présence du père de Ras Bath, maître Bathily, parmi les avocats de la défense, ajoute une dimension familiale et symbolique à ce procès.

Accusations et défense

Les deux activistes sont accusés d’“association de malfaiteurs”, une qualification juridique qui désigne généralement un groupe organisé visant à commettre des infractions. Ils sont également visés par l’accusation d’“atteinte au crédit de l’État”, un délit qui consiste à nuire à la réputation ou à la crédibilité des institutions publiques, notamment via les technologies de l’information et de la communication (TIC), c’est-à-dire les médias, les réseaux sociaux ou les plateformes numériques. Ras Bath et Rose Vie Chère contestent ces accusations et ont livré une “profession de foi constitutionnelle”, c’est-à-dire une déclaration solennelle affirmant leur attachement aux principes démocratiques et à la Constitution malienne. Leur position, qualifiée d’inflexible par les observateurs, renforce l’enjeu symbolique de ce procès, où l’honneur et la dignité sont présentés comme des valeurs centrales par leurs soutiens.

Ce que ça pourrait changer

Ce procès dépasse le cadre judiciaire classique pour devenir un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et la défense des droits économiques au Mali. Les peines requises, exceptionnellement lourdes, et le dispositif sécuritaire déployé autour du tribunal reflètent l’importance accordée à ce dossier par les autorités. Certains médias, comme l’ivoirien *L’Infodrome*, y voient un procès politique, où la justice serait instrumentalisée pour museler des voix critiques. Pour leurs partisans, Ras Bath et Rose Vie Chère incarnent la résistance face à un système perçu comme oppressif. Leur procès, suivi avec attention par l’opinion publique malienne, illustre les tensions entre pouvoir et société civile dans un pays en proie à des défis économiques et sécuritaires majeurs.

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