« Don’t Look Up » l’habitat de demain
L’histoire des relations entre l’État et l’urbanisme est longue. Depuis 1968, avec la MRU conçue pour se pencher sur les « pathologies » de la société urbaine, jusqu’à décembre dernier, où l'Assemblée a entériné la fin du programme interministériel « l’Europe des projets architecturaux et urbains ».
Le 18 décembre 2025, l'Assemblée générale du Groupement d'intérêt public L’Europe des projets architecturaux et urbains (GIP EPAU) a acté la fin de ce programme interministériel. Cette décision, prise par le Premier ministre, prévoit une réduction de 70 % de son budget, l'arrêt total de ses programmes et la cessation de ses activités au 30 juin 2026. Le GIP EPAU, créé au début des années 2000, avait pour mission de coordonner des projets architecturaux et urbains en Europe. Sa disparition marque une rupture dans les relations entre l'État et la recherche urbaine en France, alors que les enjeux climatiques et sociaux sont au cœur des débats politiques actuels.
La recherche urbaine en France a connu plusieurs étapes marquantes depuis 1968. Cette année-là, la Mission de la recherche urbaine (MRU) est créée pour étudier les pathologies de la société urbaine, comme les mutations du travail ou les transformations des grands ensembles. Pilotée par Michel Conan et soutenue par la Délégation générale à la recherche scientifique, la MRU a financé des travaux fondateurs en sociologie urbaine. Parmi eux, les études de Manuel Castells et Francis Godard sur le capitalisme monopolistique d’État, celles de Christian Topalov sur la promotion immobilière, ou encore les recherches de Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire sur les grands ensembles. Ces travaux ont permis de mieux comprendre les dynamiques sociales et économiques des villes françaises.
Le GIP EPAU s'inscrivait dans la continuité de la MRU en promouvant une recherche incitative, c'est-à-dire financée par l'État pour répondre à des priorités définies par les pouvoirs publics. Il coordonnait des projets architecturaux et urbains à l'échelle européenne, en s'appuyant sur des collaborations entre chercheurs, urbanistes et institutions. Son extinction reflète un changement de paradigme : l'État réduit son soutien à la recherche urbaine, privilégiant des approches plus techniques ou économiques. Cette décision s'inscrit dans un contexte plus large de restrictions budgétaires et de scepticisme envers la recherche publique, comme en témoignent les commentaires des lecteurs du Monde, souvent hostiles à ce type de structures jugées coûteuses.
La suppression du GIP EPAU s'ajoute à une série de mesures visant à réduire le rôle de l'État dans la recherche et l'urbanisme. La loi simplification de la vie économique de juin 2026 a accéléré ce mouvement, avec la suppression d'agences publiques comme le CEREMA, les CAUE (Conseils d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement) ou l'ADEME (Agence de la transition écologique). Ces choix politiques soulèvent des questions sur la capacité de la France à anticiper les défis climatiques et sociaux, alors que les élections approchent et que ces enjeux sont centraux. L'auteur, Nicolas Maisetti, souligne que cette tendance s'accompagne d'un discours austéritaire et d'un rejet de la recherche publique, parfois teinté de populisme.
La décision de démanteler le GIP EPAU a suscité des réactions contrastées. Certains y voient une mesure nécessaire pour réduire les dépenses publiques, tandis que d'autres dénoncent un affaiblissement de la recherche urbaine et de la planification territoriale. Les commentaires des lecteurs du *Monde* illustrent cette division : des avis comme *« à quoi servait ce machin qui coûtait trop cher de toute façon ? Bon débarras »* reflètent un rejet massif de la recherche publique, perçue comme inefficace ou superflue. L'auteur, ancien employé du GIP EPAU, rappelle que cette structure a joué un rôle clé dans la compréhension des dynamiques urbaines, notamment à travers des travaux sociologiques majeurs.

