« Don’t Look Up » l’habitat de demain
La disparition du Groupement d’intérêt public L’Europe des projets architecturaux et urbains (GIP EPAU), actée en décembre 2025 et effective en juin 2026, illustre une rupture historique dans les relations entre l’État et la recherche urbaine en France. Alors que les enjeux climatiques et sociaux s’imposent comme des priorités électorales, cette extinction interroge moins une logique d’économie budgétaire qu’une remise en cause structurelle des outils publics de connaissance des territoires, héritiers d’une tradition intellectuelle et politique née en 1968.
Quels sont les éléments clés de la décision prise par l’Assemblée générale du GIP EPAU en décembre 2025 ?
L’Assemblée générale du GIP EPAU a validé une réduction de 70 % de son budget, entraînant l’extinction de ses programmes et la cessation de ses activités au 30 juin 2026. Cette décision, prise sous l’impulsion du Premier ministre, marque la fin d’une structure créée au début des années 2000 pour coordonner des projets architecturaux et urbains à l’échelle européenne.
En quoi la création de la Mission de recherche urbaine (MRU) en 1968 diffère-t-elle de la logique actuelle incarnée par le GIP EPAU ?
La MRU, née dans le contexte post-Mai 68, s’inscrivait dans une démarche de recherche incitative pilotée par des ingénieurs et des sociologues pour analyser les « pathologies » de la société urbaine, comme les transformations du capitalisme industriel ou les dynamiques des grands ensembles. Le GIP EPAU, en revanche, était un outil interministériel centré sur des projets concrets, marqué par une approche plus technocratique et moins ancrée dans une réflexion critique sur les rapports de pouvoir.
Quels acteurs politiques ou institutionnels sont directement associés à cette suppression, et quels arguments sont mobilisés pour la justifier ?
La décision émane du Premier ministre, et son exécution est portée par des figures comme un inspecteur des finances et un président de chambre honoraire à la Cour des comptes. Les arguments avancés dans l’espace public, notamment sur les réseaux sociaux, relèvent d’un discours austéritaire et sceptique envers la recherche publique, résumé par des formules comme « à quoi servait ce machin qui coûtait trop cher de toute façon ? »
Quels risques cette suppression fait-elle peser sur les politiques urbaines et environnementales à venir ?
La disparition du GIP EPAU s’inscrit dans un mouvement plus large de démantèlement d’agences publiques (CEREMA, CAUE, ADEME) et de remise en cause des outils de planification territoriale. Elle prive les décideurs d’un cadre d’expertise et de coordination essentiel pour répondre aux défis climatiques et sociaux, alors que ces enjeux sont au cœur des débats électoraux.
Ce que ça pourrait changer
Cette extinction pourrait accélérer une fragmentation des politiques urbaines, où les décisions seraient davantage prises sur des critères économiques à court terme que sur des analyses socio-territoriales approfondies. Elle risque aussi de marginaliser les approches critiques en urbanisme, au profit de logiques technocratiques ou marchandes, alors que les crises environnementales et sociales exigeraient au contraire des outils publics robustes et indépendants.

