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Culture

Émerveillement, acteurs rois et "je" trompeur avec Yasmina Reza

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

Carte blanche à Yasmina Reza qui publie un roman intime "Nos divertissements sont terminés" (Flammarion). Une émission entre littérature et théâtre avec deux femmes qui lui sont chères : Marie NDiaye et Josiane Stoléru..

Nouveau roman de Reza

Yasmina Reza, autrice, dramaturge et cinéaste française renommée, publie un nouveau roman intitulé Nos divertissements sont terminés aux éditions Flammarion. Ce livre explore son enfance dans une famille atypique, marquée par des parents en décalage avec leurs enfants. Contrairement à ses précédents ouvrages, Reza utilise ici le pronom "la fille" au lieu du "je" habituel pour raconter son histoire. Elle explique que cette distance narrative est essentielle : "Le 'je' d'aujourd'hui n'est pas le 'je' d'hier", soulignant que l'autobiographie pure est impossible, car le passé est toujours réinterprété par le présent. L'émission met également en avant deux figures proches de l'autrice : Marie NDiaye, écrivaine, et Josiane Stoléru, comédienne, avec des lectures et des discussions sur leur relation avec l'œuvre de Reza.

Autobiographie et tromperie

Marie NDiaye, Prix Femina 2001 pour Rosie Carpe, partage son approche de l'autobiographie dans des œuvres comme Autoportrait en vert. Elle considère que le "je" littéraire est toujours une construction, une forme de tromperie : "Le 'je' trompe et vise à tromper. Ça reste un 'je' de roman." Pour elle, ce pronom est un outil de fiction, jamais une vérité absolue. Yasmina Reza abonde dans ce sens, expliquant que cette distanciation permet au romancier de laisser ses personnages prendre leur autonomie. Ce phénomène, qu'elle qualifie de "merveilleux", donne au créateur une impression de puissance créatrice ("démiurgique"), tout en devant accepter une forme de perte de contrôle sur son récit. Ces réflexions illustrent une tension centrale de l'écriture contemporaine : comment concilier vérité personnelle et liberté artistique.

Rencontre avec Stoléru

Yasmina Reza découvre Josiane Stoléru en 1987, alors que cette dernière joue dans L'Atelier de Jean-Claude Grumberg. Fascinée par son "physique qui me plaisait" et son "autorité naturelle formidable", Reza lui propose peu après de jouer dans sa première pièce, Conversation après un enterrement, mise en scène par Patrice Kerbrat. Stoléru, immédiatement séduite, décrit cette collaboration comme un "éblouissement" et une reconnaissance de son talent. Elle jouera ensuite dans plusieurs autres pièces de Reza, dont Hammerklavier, Bella Figura et James Brown mettait des bigoudis. Pour la comédienne, incarner les textes de Reza est "facile" car ses écrits sont d'une précision rare : "Même la ponctuation donne des indications." Cette relation illustre l'importance du théâtre dans la carrière de Reza, où la mise en scène et l'interprétation sont indissociables de l'écriture.

Lien entre NDiaye et Reza

Marie NDiaye et Yasmina Reza partagent une admiration mutuelle et une complicité artistique. NDiaye découvre l'œuvre de Reza à 20 ans en assistant à une représentation de Conversation après un enterrement. Elle est immédiatement frappée par la force de l'autrice, déclarant : "J'ai éprouvé d'emblée une immense admiration." Les deux femmes deviennent proches, collaborant même sur des projets comme la mise en scène par Reza de Ma Chérie, un monologue de NDiaye où une femme parle de son mari. Reza souligne que NDiaye, bien que peu expérimentée en théâtre, est une "admirable dramaturge" grâce à son sens inné des dialogues. Leur relation montre comment des autrices contemporaines s'influencent et se soutiennent, tout en explorant des thèmes similaires comme la famille, la mémoire et les relations humaines.

Théâtre et roman

Yasmina Reza, bien connue pour ses pièces de théâtre comme Conversations après un enterrement ou Art, explore dans Nos divertissements sont terminés une narration plus romanesque. Elle explique que cette transition entre les genres n'est pas un hasard : ses textes théâtraux sont souvent caractérisés par des dialogues percutants et une structure narrative serrée, des qualités qui se retrouvent dans son écriture romanesque. Marie NDiaye, quant à elle, a également écrit pour le théâtre, avec des pièces comme Papa doit manger ou Berlin mon garçon, entrées au répertoire de la Comédie-Française. Reza note que NDiaye, malgré son manque d'expérience scénique, a un talent naturel pour le dialogue théâtral, évitant les écueils des auteurs qui intellectualisent trop leurs textes. Cette porosité entre les genres montre comment des autrices contemporaines repensent les frontières entre roman et théâtre.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs projets liés à ces autrices sont mentionnés dans l'émission. Yasmina Reza met en scène *Heureux les heureux*, adapté de son roman, au Théâtre du Petit Saint-Martin à Paris du 21 janvier au 20 février 2027, avec André Marcon. Marie NDiaye publie *Ma Chérie* aux éditions de L'Arbre vengeur et voit ses *Œuvres choisies* regroupées sous le titre *Eaux secrètes* dans la collection *Quarto* des éditions Gallimard. Josiane Stoléru sera au cinéma en janvier 2027 dans deux films : *Instinct de famille* de Maurice Hermet et *L'Adoption* d'Ivan Calbérac. Ces actualités montrent la diversité des activités de ces artistes, entre écriture, mise en scène et interprétation, et leur présence continue dans le paysage culturel français.

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