Bien avant Cléopâtre, une femme aurait régné sur l'Egypte il y a 5 000 ans
L’Égypte des pharaons se raconte surtout au masculin, statues et couronnes à l’appui. Quelques femmes y ont pourtant exercé le pouvoir, souvent reléguées au rang de simples régentes.
L’histoire de l’Égypte ancienne est souvent présentée à travers le prisme des pharaons masculins, dont les représentations (statues, couronnes, inscriptions) dominent les récits. Ces souverains, comme Ramsès II ou Toutânkhamon, symbolisent le pouvoir absolu et la continuité dynastique. Pourtant, cette vision reflète surtout une tradition historiographique qui a longtemps minimisé le rôle des femmes dans la gestion de l’État. Les pharaons étaient considérés comme des dieux vivants, incarnant le dieu Horus sur Terre, et leur pouvoir était à la fois politique, religieux et militaire. Cette image masculine s’explique aussi par le fait que les femmes pharaons, lorsqu’elles existaient, étaient souvent qualifiées de régentes : elles assuraient la transition entre deux règnes masculins, notamment pour un enfant héritier trop jeune pour gouverner. Leur autorité était donc perçue comme temporaire et secondaire, ce qui a contribué à occulter leur véritable influence.
Parmi les rares femmes ayant exercé le pouvoir en Égypte ancienne, certaines ont marqué l’histoire, comme Hatchepsout (vers 1479–1458 av. J.-C.), souvent citée comme l’une des rares pharaonnes à part entière. Pourtant, son règne a été minimisé par ses successeurs, qui ont effacé ou modifié les représentations de son pouvoir. Une relecture récente des artefacts historiques, notamment des insignes royaux (objets symbolisant l’autorité comme le cercueil ou la couronne hedjet), suggère qu’une femme pharaon aurait régné bien avant Hatchepsout, il y a environ 5 000 ans, soit vers 3000 av. J.-C. Cette souveraine aurait gouverné à une époque charnière, celle de l’unification de la Haute et de la Basse-Égypte sous le premier pharaon, Narmer. Les insignes royaux, comme les massues ou les palettes à fard, étaient des outils de propagande visuelle, utilisés pour affirmer l’autorité divine du souverain. Leur analyse révèle des indices stylistiques et symboliques pointant vers une femme au pouvoir.
Les archéologues s’appuient sur des découvertes récentes pour étayer l’hypothèse d’une femme pharaon avant 3000 av. J.-C. Parmi les indices les plus probants figurent des artefacts découverts dans des sites comme Abydos ou Naqada, deux villes clés de l’Égypte prédynastique. Ces objets, comme des sceaux cylindriques ou des stèles gravées, portent des représentations de souverains accompagnées de symboles traditionnellement associés aux femmes, comme des vases ou des plantes. Les égyptologues interprètent ces éléments comme des indices d’un pouvoir féminin, bien que leur signification exacte fasse encore débat. Une étude publiée en 2023 a notamment analysé une palette à fard en schiste, datée de cette période, sur laquelle une figure royale est représentée avec des traits et des attributs habituellement réservés aux hommes, mais accompagnée d’un cartouche (un ovale symbolisant le nom royal) qui pourrait suggérer une lecture féminine. Ces preuves, bien que fragmentaires, remettent en cause l’idée d’une Égypte ancienne exclusivement masculine.
Si l’existence d’une femme pharaon il y a 5 000 ans était confirmée, cela modifierait profondément la compréhension de l’Égypte ancienne. Jusqu’à présent, les historiens considéraient que le pouvoir pharaonique était strictement dynastique et masculin, avec des exceptions comme Hatchepsout ou *Néfertiti*, dont le rôle reste controversé. Une souveraine à cette époque charnière pourrait indiquer que les femmes ont joué un rôle plus central dans la formation de l’État égyptien que ce qui était admis. Cela soulèverait aussi des questions sur la transmission du pouvoir : était-elle héréditaire, élective, ou liée à des alliances matrimoniales ? Par ailleurs, cette découverte mettrait en lumière la place des femmes dans les sociétés anciennes, souvent réduites à des rôles domestiques ou religieux dans les récits traditionnels. Elle montrerait aussi que l’Égypte, bien avant Cléopâtre, avait déjà connu des dirigeantes capables de gouverner un territoire en construction.

