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Société

Dans les coulisses de l'évacuation secrète du Louvre en 1939

Slate FR · mis à jour il y a 24 j

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le musée parisien organise le transfert de milliers d'œuvres d'art afin de les sauver des bombardements et des spoliations. Récit d'une drôle de guerre..

Contexte historique

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l'Allemagne, déclenchant une mobilisation générale. Le Louvre, fermé depuis le 25 août, prépare secrètement l'évacuation de ses collections face à la menace des bombardements. Cette décision s'inscrit dans un contexte historique marqué par des événements passés : l'occupation prussienne de Paris en 1870 et les destructions de la guerre d'Espagne, où des œuvres du musée du Prado avaient été évacuées à Genève pour les protéger. Les conservateurs du Louvre, conscients des risques, agissent avec une grande rigueur pour éviter un scénario similaire.

Préparation minutieuse

L'évacuation des œuvres est organisée avec une précision militaire. Les conservateurs identifient les pièces prioritaires en les marquant d'un cercle rouge. Les toiles sont décrochées de leurs cadres, les tapisseries roulées et les antiquités emballées dans le plus grand secret. Jacques Jaujard, directeur des musées nationaux, supervise cette opération complexe. En tout, 15 000 caisses contenant les œuvres sont préparées pour un transport discret. Les camions utilisés proviennent de la Comédie-Française ou de grands magasins parisiens, afin de masquer leur véritable cargaison.

Destinations secrètes

Les œuvres sont acheminées vers des châteaux situés dans le sud ou l'ouest de la France, choisis pour leur éloignement des villes et des réseaux ferroviaires, réduisant ainsi les risques de bombardements. Le château de Chambord sert de gare de triage, accueillant 4 000 tableaux avant leur relocalisation définitive. Parmi les destinations notables, on trouve le château de Montal (Lot) pour La Joconde, Valençay pour la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace. Ces lieux offrent une protection relative, mais les responsables craignent les variations de température, l'humidité ou le vol.

Voyage périlleux

Le transport des œuvres est une opération délicate et risquée. Les tableaux, décrochés et parfois placés tête en bas ou couchés sur le flanc, prennent une apparence misérable, comme le décrit Édouard Pommier. Les responsables, dont Lucie Mazauric, veillent à manipuler les œuvres avec un soin extrême pour éviter leur altération. Les risques incluent l'eau, le feu, l'humidité, la sécheresse, le froid, la chaleur et même le vol. Malgré ces dangers, les œuvres sont parfois sorties de leur cachette pour aérer leur vernis, sous surveillance constante.

Louvre sous occupation

Le 14 juin 1940, Paris est occupé par l'Allemagne nazie. Le Louvre rouvre partiellement le 30 septembre 1940, mais sous contrôle allemand. Les visiteurs y découvrent une réplique en plâtre de la Vénus de Milo et des antiquités, trop lourdes à évacuer. Les panneaux explicatifs en allemand rappellent la mainmise de l'occupant sur le musée. Parallèlement, les nazis commencent à piller les œuvres d'art, avec l'ambition de créer un musée-monde à Linz (Autriche), où seraient exposées les pièces spoliées dans les territoires occupés.

Protection discrète

Tous les responsables nazis ne partagent pas les ambitions culturelles d'Hitler. Le comte Franz von Wolff-Metternich, à la tête du Kunstschutz (organisme chargé de la protection du patrimoine en zone occupée), joue un rôle clé. Il veille à ce que les collections du Louvre restent en France et en sécurité, contrecarrant ainsi les plans de pillage. Cette action lui vaut une suspension et un rapatriement forcé à Berlin, mais il reçoit plus tard la Légion d'honneur des mains du général de Gaulle en 1952, en reconnaissance de son courage.

Ce que ça pourrait changer

Le 25 août 1944, Paris est libéré. Les combats de rue menacent brièvement le Louvre, où des soldats allemands auraient même trouvé refuge dans des sarcophages égyptiens. Le musée rouvre définitivement le 5 octobre 1944, après deux ans d'absence de ses collections. Grâce à l'action discrète mais déterminante de ses employés, le Louvre ne subit aucune perte majeure pendant la guerre. La totalité des œuvres évacuées est rapatriée, marquant la fin d'une opération de sauvetage considérée comme un succès absolu.

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