Une onde océanique menace-t-elle les côtes de la Colombie-Britannique?
Les effets de l’immense vague d’eau chaude sous-marine risquent d’être amplifiés par le phénomène El Niño..
Une onde de Kelvin est une masse d’eau chaude sous-marine qui se déplace lentement le long des côtes, sans former de vague déferlante comme un tsunami. Cette année, une telle onde remonte vers le nord en direction de la Colombie-Britannique et pourrait atteindre ses côtes dès la mi-octobre 2026. Contrairement à un phénomène visible, elle ne submerge pas les plages mais provoque des changements discrets dans l’océan : une légère élévation du niveau de la mer, une hausse des températures de l’eau et des modifications des courants marins. Les scientifiques, comme Jordan Watson, directeur scientifique par intérim d’Ocean Networks Canada, surveillent son arrivée pour tester les capacités du Système intégré d’observation des océans du Canada, un réseau combinant des instruments immergés et des satellites afin de cartographier les températures et les mouvements des masses d’eau à l’échelle planétaire.
L’onde de Kelvin est directement liée au phénomène El Niño, un épisode climatique caractérisé par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique tropical. Normalement, les alizés (vents soufflant d’est en ouest) poussent les eaux chaudes vers l’Asie et l’Australie, tandis que des eaux froides remontent le long des côtes de l’Amérique du Sud. Lors d’un épisode El Niño, ces vents faiblissent, permettant aux eaux chaudes de se propager vers l’est, vers les Amériques. Une partie de cette énergie se transforme en ondes de Kelvin qui remontent vers le nord et le sud le long des côtes. En Colombie-Britannique, ces ondes réchauffent les eaux locales, perturbent la remontée des eaux froides riches en nutriments et élèvent temporairement le niveau de la mer, sans provoquer de catastrophe immédiate.
Le réchauffement des eaux océaniques lié à l’onde de Kelvin représente une menace majeure pour les écosystèmes marins, surtout en Colombie-Britannique où les températures sont déjà élevées en raison des changements climatiques. Ce phénomène perturbe les réseaux alimentaires dont dépendent des espèces comme le saumon, déjà en déclin dans la région. Les conséquences s’étendent au-delà de la faune : les pêcheries, l’économie locale et les communautés côtières, dont les modes de vie traditionnels reposent sur ces ressources, sont également affectées. Jordan Watson souligne que ces risques s’ajoutent à ceux déjà existants, comme la dégradation des habitats marins et la pression des activités humaines, aggravant la vulnérabilité des écosystèmes.
L’arrivée de l’onde de Kelvin coïncide avec le début de la saison des tempêtes hivernales en Colombie-Britannique. Combinée à un niveau de la mer déjà rehaussé par les changements climatiques, à de grandes marées et à des ondes de tempête, elle pourrait intensifier les risques d’inondations côtières et d’érosion du littoral. Par exemple, si l’onde de Kelvin survient en même temps qu’une rivière atmosphérique (un flux de vapeur d’eau intense), les communautés côtières pourraient subir des inondations graves. Ces risques sont particulièrement préoccupants pour les résidents et les entreprises, car la plupart des polices d’assurance habitation et commerciale au Canada, selon le Bureau d’assurance du Canada, ne couvrent pas les dommages causés par les inondations côtières ou les ondes de tempête.
Les scientifiques, dont Jordan Watson, utilisent cette occasion pour tester les outils de surveillance océanique et suivre la progression de l’onde de Kelvin. Cependant, les effets exacts de ce phénomène en Colombie-Britannique restent incertains, car ils dépendront des conditions météorologiques locales au moment de son arrivée. Watson explique que l’inquiétude vient du fait que les effets d’El Niño s’ajoutent au réchauffement des eaux et aux pressions déjà subies par les écosystèmes. La population est donc invitée à se préparer, bien que les conséquences précises ne puissent être prédites avec certitude. Cette situation met en lumière l’importance des systèmes de surveillance pour anticiper les risques liés aux changements climatiques et aux phénomènes océaniques.

