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Pourquoi il faut en finir avec le mythe de la forêt salvatrice

The Conversation France · mis à jour il y a 3 j

L’ESSENTIEL Face au changement climatique, les forêts sont souvent présentées comme de salvateurs « poumons verts ». Pourtant, de plus en plus de forêts françaises émettent plus de CO₂ qu’elles n’en séquestrent.

Forêts émettrices de CO₂

En France, de plus en plus de forêts émettent davantage de CO₂ qu’elles n’en captent, contrairement à l’idée reçue selon laquelle elles seraient des « poumons verts » salvateurs. Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs : le changement climatique, qui provoque des sécheresses et des canicules, affaiblit les arbres et réduit leur capacité à photosynthétiser. Par exemple, en période de sécheresse, les arbres stoppent temporairement leur absorption de CO₂, voire en rejettent. De plus, la mortalité accrue des arbres, due aux stress climatiques ou aux maladies, libère le carbone stocké dans leur biomasse. Ainsi, certaines forêts françaises, comme celles des Landes ou du Massif central, sont désormais des sources nettes de CO₂ plutôt que des puits de carbone.

Photosynthèse et respiration

La photosynthèse est le processus par lequel les plantes, grâce à la chlorophylle et à l’énergie solaire, transforment du CO₂ et de l’eau en sucres (matière organique) et en oxygène. Cependant, ce processus n’est pas continu : il s’arrête la nuit, en cas de sécheresse, de gel ou de canicule. Parallèlement, la respiration, qui concerne tous les êtres vivants, y compris les plantes, consiste à dégrader ces sucres pour produire de l’énergie, en rejetant du CO₂ et de l’eau. Ainsi, un arbre peut émettre plus de CO₂ qu’il n’en absorbe, notamment la nuit ou en hiver. La photosynthèse permet la fixation du carbone, tandis que la respiration entraîne son rejet. Seule la différence entre les deux, sur le long terme, détermine si un arbre ou une forêt est un puits ou une source de CO₂.

Stockage temporaire du carbone

Le carbone fixé par la photosynthèse est principalement stocké dans les tissus de l’arbre (tronc, branches, racines, feuilles) sous forme de cellulose, lignine ou amidon. Tant que l’arbre est vivant, ce carbone reste séquestré. Cependant, sa durée de stockage dépend de son devenir : s’il brûle, le CO₂ est immédiatement relargué. S’il meurt naturellement, il est progressivement décomposé par les micro-organismes du sol, libérant une partie du carbone sur plusieurs années ou décennies. Le sol forestier, riche en matière organique, peut stocker jusqu’à deux fois plus de carbone que la biomasse aérienne des arbres. La biodiversité du sol, comme les champignons ou les vers de terre, joue un rôle clé dans ce stockage à long terme.

Stratification et biodiversité

Une forêt diversifiée, avec plusieurs strates de végétation (arbres, arbustes, herbacées), séquestre jusqu’à 40 % de carbone en plus qu’une monoculture d’arbres de même âge et même espèce. Par exemple, une forêt feuillue avec un sous-bois d’arbustes et de plantes herbacées capte davantage de CO₂ grâce à une surface photosynthétique plus étendue. La biodiversité favorise aussi la résilience face aux aléas climatiques et réduit les risques de dépérissement. Les mélanges d’essences, comme les chênes et les hêtres, ou les résineux et feuillus, améliorent la stabilité écologique. En revanche, les monocultures de résineux exotiques, comme le pin de Monterey ou le cèdre de l’Atlas, limitent la diversité et fragilisent les écosystèmes.

Forêts artificielles et risques

Les plantations commerciales, souvent composées d’espèces exotiques ou génétiquement modifiées, sont présentées comme une solution pour adapter les forêts au changement climatique. Pourtant, ces modèles intensifs, qui impliquent des labours, des engrais et des herbicides, déstockent massivement le carbone des sols et émettent d’importantes quantités de CO₂ via les machines. Ces monocultures sont très vulnérables aux sécheresses, aux incendies et aux ravageurs, ce qui accélère leur dépérissement. Par exemple, en France, les jeunes plants de résineux meurent souvent avant d’avoir pu développer leurs racines, en raison des épisodes de sécheresse récurrents. Le taux de succès de ces plantations est faible, et leur retour à un état de puits de carbone prend plus de 15 ans.

Utilisation du bois et bilan carbone

En France, sur les 57 millions de mètres cubes de bois récoltés chaque année, 68,4 % (39 millions) sont utilisés comme bois-énergie, c’est-à-dire brûlés, ce qui relargue immédiatement le carbone stocké. Seuls 14 % (8 millions) sont transformés en bois d’œuvre pour la construction, offrant un stockage à long terme. Les 17,5 % restants (10 millions) servent à produire du papier, du carton ou des panneaux, avec un stockage de court à moyen terme. Ainsi, la majorité du bois prélevé ne contribue pas à la séquestration durable du carbone. De plus, les rotations accélérées des plantations, visant à maximiser la croissance des jeunes arbres, perturbent les sols et réduisent leur capacité à stocker du carbone.

Croissance rapide vs longévité

L’idée que les arbres à croissance rapide, comme les peupliers hybrides ou les eucalyptus, séquestrent plus de carbone que les essences locales à croissance lente est trompeuse. En réalité, le volume de bois produit n’est pas proportionnel à la quantité de carbone stockée : une essence à croissance lente, comme le chêne ou le hêtre, stocke davantage de carbone par mètre cube de bois en raison de sa densité plus élevée. Par exemple, un chêne centenaire peut contenir autant de carbone qu’un peuplier de 20 ans, malgré une croissance plus lente. La longévité de l’arbre est donc un facteur clé pour le stockage durable du carbone, bien plus que sa vitesse de croissance.

Ce que ça pourrait changer

Pour que les forêts jouent un rôle positif dans la lutte contre le changement climatique, plusieurs leviers existent. D’abord, favoriser la biodiversité et la stratification des forêts, en mélangeant les essences et en laissant du bois mort au sol, permet d’augmenter la séquestration du carbone de 40 %. Ensuite, restaurer les zones humides et limiter l’artificialisation des sols améliore leur capacité à stocker du carbone. Enfin, privilégier les essences locales et à longue durée de vie, comme le chêne ou le hêtre, plutôt que les monocultures de résineux exotiques, renforce la résilience des forêts. Ces pratiques, combinées à une réduction des émissions de CO₂, sont essentielles pour éviter que les forêts ne deviennent des sources de carbone plutôt que des puits.

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