Plus de douleurs physiques chez les femmes, d’après la plus vaste étude jamais menée
La plus grande étude d’épidémiologie de la douleur jamais réalisée livre plusieurs leçons. La principale : les femmes déclarent plus de douleurs que les hommes.
Une étude scientifique publiée en octobre 2026 dans la revue Nature Medicine est présentée comme la plus vaste jamais réalisée sur la douleur. Menée entre 1990 et 2025, elle a analysé les données de plus de 6 millions de participants, issus de 118 pays, âgés de 5 ans à plus de 100 ans. Cette recherche en épidémiologie de la douleur vise à comprendre comment la douleur se manifeste et évolue dans différentes populations à travers le monde. L’épidémiologie est une branche de la médecine qui étudie la fréquence, la répartition et les déterminants des problèmes de santé dans une population. Cette étude se distingue par son ampleur sans précédent, offrant une vision globale des douleurs physiques, quel que soit l’âge, le sexe ou le pays d’origine des participants.
L’un des principaux enseignements de cette étude est que les femmes déclarent souffrir plus fréquemment de douleurs physiques que les hommes. Cette différence est observée dans onze zones du corps : la tête, le visage, le cou et les épaules, les pieds ou les chevilles, les mains ou les poignets, les coudes, la poitrine, le dos, l’estomac ou la région abdominale, ainsi que les hanches et les genoux. Par exemple, les femmes rapportent plus souvent des douleurs chroniques ou récurrentes dans ces zones. Selon Rebeccah Slater, chercheuse à l’université d’Oxford, cette tendance est troublante car elle s’accompagne d’un phénomène de négligence : les douleurs féminines sont plus souvent sous-estimées, diagnostiquées tardivement ou insuffisamment prises en charge par le système médical. Ce constat soulève des questions sur les biais de genre dans la prise en charge de la santé.
L’étude révèle également que l’intensité et la localisation des douleurs varient significativement avec l’âge. Pour les hommes comme pour les femmes, un seuil de douleur est franchi vers 55 ans, suivi d’un pic autour de 75 ans, principalement lié à des douleurs au dos, aux hanches et aux genoux. Ces zones, dites musculosquelettiques, subissent des contraintes mécaniques et des phénomènes de dégénérescence au fil du temps. Par ailleurs, les douleurs du haut du corps (comme celles du cou, des épaules ou des coudes) atteignent leur maximum au milieu de la vie, puis diminuent. À l’inverse, les douleurs du bas du corps (dos, hanches, genoux) augmentent tout au long de la vie, en raison de l’usure naturelle des articulations et des muscles. Ces résultats confirment que la douleur commence souvent pendant la période d’activité professionnelle, avant de s’aggraver avec le vieillissement.
Les conclusions de cette étude mettent en lumière un paradoxe majeur : bien que les femmes souffrent davantage de douleurs, celles-ci sont moins bien reconnues et traitées que celles des hommes. Ce déséquilibre soulève des enjeux de santé publique, notamment en matière d’équité dans l’accès aux soins. Les chercheurs soulignent l’importance de mieux comprendre les causes de ces différences, qu’elles soient biologiques, sociales ou liées aux biais médicaux. Par exemple, certaines douleurs féminines, comme celles liées aux règles ou à l’endométriose, sont encore mal prises en compte dans la recherche médicale. Cette étude appelle donc à une meilleure formation des professionnels de santé et à une prise de conscience collective pour améliorer la prise en charge des douleurs, quel que soit le sexe ou l’âge des patients.

