Le collège par en bas : les adjoint·es techniques
On connaît la ritournelle : « De toute façon c’est simple, petit à petit ils vont remplacer les titulaires par des contractuels et d’ici cinq ans, ce seront des sociétés extérieures qui feront le boulot. » Entre contractualisations, privatisations et externalisations, quand l’État se défait, comment ses agent·es subalternes réagissent-ils·elles à la dégradation de leurs conditions d’emploi ? L’étude des adjoint·es techniques et territoriaux des établissements d’enseignement donne des éléments de réponse.
Depuis plus de vingt ans, la réduction du nombre de fonctionnaires est un thème central des discours politiques en France, notamment à droite et au centre. En 2007, Nicolas Sarkozy promettait de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, tandis qu’en 2027, Bruno Retailleau envisage de supprimer au moins 200 000 postes si son parti arrive au pouvoir. L’argument principal avancé est d’ordre budgétaire : les fonctionnaires coûteraient trop cher à l’État. Cette logique s’inscrit dans un contexte de restrictions budgétaires croissantes et de recherche d’économies dans la gestion publique. Les collectivités territoriales, dont les effectifs ont augmenté depuis les années 1980, sont particulièrement concernées par cette politique de rationalisation des dépenses.
Dans plusieurs départements français, les collectivités territoriales externalisent une partie des services des collèges, comme la restauration ou le nettoyage, en les confiant à des entreprises privées ou mixtes. Cette pratique vise à réduire les coûts tout en maintenant, voire en améliorant, la qualité des services rendus. Les adjoint·es techniques et territoriaux des établissements d’enseignement (ATTEE) sont particulièrement touchés par cette externalisation. Anciennement appelés personnel technique, ouvrier et de service (TOS), ces agent·es voient leurs missions transférées à des structures privées, souvent avec des conditions de travail moins avantageuses. L’objectif affiché est d’optimiser les dépenses publiques, mais cette stratégie soulève des questions sur l’avenir du service public et les droits des travailleur·euse·s concerné·es.
Les adjoint·es techniques et territoriaux des établissements d’enseignement (ATTEE) forment un groupe de fonctionnaires territoriaux chargés des tâches de nettoyage, de restauration et de maintenance dans les collèges. Depuis 2005, ils portent ce nom, remplaçant l’ancienne appellation de TOS. Leur statut, autrefois stable et protégé, est aujourd’hui menacé par les politiques de contractualisation et d’externalisation. Ces agent·es subalternes, souvent en première ligne, subissent directement les conséquences des réformes visant à réduire les coûts de l’État. Leur situation illustre les tensions entre impératifs budgétaires et préservation des conditions d’emploi dans la fonction publique territoriale.
Les collectivités territoriales justifient l’externalisation des services par la promesse d’une amélioration de la qualité et d’une optimisation des coûts. Cependant, cette logique s’inscrit dans une tendance plus large de recherche d’efficacité économique, où l’intérêt général est parfois présenté comme compatible avec la privatisation partielle des services publics. Les départements, confrontés à des budgets contraints, adoptent des stratégies de rationalisation qui peuvent fragiliser les droits des travailleur·euse·s et la qualité des services rendus. Cette approche reflète une vision politique où la réduction des dépenses publiques prime sur d’autres considérations, comme la stabilité de l’emploi ou la continuité du service.
L’étude des ATTEE révèle comment les agent·es subalternes réagissent à la dégradation de leurs conditions d’emploi dans un contexte de réformes structurelles. Les politiques de contractualisation, de privatisation et d’externalisation transforment progressivement le paysage de l’emploi public, avec des conséquences encore difficiles à mesurer. Si l’objectif affiché est de réduire les coûts, les risques incluent une baisse de la qualité des services et une précarisation accrue des travailleur·euse·s. Cette dynamique interroge l’avenir du service public et la capacité des institutions à concilier équilibre budgétaire et justice sociale.

