Vu à la Mostra de Venise 2026 : « Un bon petit soldat » de Stéphane Brizé, un film tout sauf sage
Après « Hors-saison » (2024), Stéphane Brizé rempile avec Alba Rohrwacher et avec ses propres obsessions, qu’il tord avec malice dans un film étonnamment grinçant sur le monde de l’entreprise, présenté en compétition à la Mostra de Venise..
Stéphane Brizé est un cinéaste français connu pour ses films qui analysent de manière critique les milieux professionnels, notamment l’entreprise néolibérale. Après avoir réalisé Hors-saison en 2024, il présente en 2026 à la Mostra de Venise son nouveau film Un bon petit soldat, en compétition officielle. Ce festival, l’un des plus prestigieux au monde, se déroule chaque année à Venise en Italie et récompense des films de toutes nationalités. Brizé y explore à nouveau ses thèmes de prédilection, mais avec une approche plus satirique et grinçante que dans ses précédents travaux.
Le film se déroule dans les bureaux d’une grande compagnie d’assurances, un environnement souvent associé à des valeurs comme la rigueur, la performance et l’efficacité. L’histoire suit Carla Moretti, interprétée par Alba Rohrwacher, responsable des ressources humaines (RH). Son parcours bascule lorsqu’elle est confrontée à un dilemme moral ou professionnel, sans que le détail de ce dilemme ne soit précisé dans l’article. Ce choix narratif place le spectateur dans une attente mêlée de curiosité, tout en soulignant l’ambiguïté des situations vécues par les employés dans ce type de structure.
Contrairement à ce que son titre ou son sujet pourrait suggérer, Un bon petit soldat n’est pas un thriller social classique, mais une satire acerbe du monde de l’entreprise. Le film se moque des excès et des contradictions du néolibéralisme, ce système économique qui place la performance individuelle et la rentabilité au cœur des organisations. Parmi les cibles de cette satire figurent des figures comme le happiness manager, un poste apparu dans les années 2010 visant à améliorer le bien-être des employés, souvent de manière superficielle, et l’amie new-yorkaise spécialiste du développement personnel, qui incarne une approche parfois déconnectée des réalités concrètes.
Le film met en scène plusieurs personnages emblématiques du monde de l’entreprise, interprétés par des acteurs connus pour leur collaboration avec Brizé. Vincent Lindon joue le rôle du patron, un personnage grandiloquent et autoritaire qui incarne les travers des dirigeants. Son interprétation est marquée par une autodérision, soulignant l’absurdité de son personnage. Alba Rohrwacher, dans le rôle de Carla Moretti, incarne une employée modèle dont la vie personnelle est progressivement absorbée par son travail, au point de ne plus avoir de vie sociale en dehors des écrans.
L’un des aspects marquants du film est son décor, entièrement situé dans les bureaux gris et sans âme de la compagnie d’assurances. Ces espaces, décrits comme des couloirs et des salles de réunion dépourvus de charme, reflètent l’aliénation des employés. Le film insiste sur l’absence de repères temporels ou spatiaux en dehors du travail, avec des scènes qui se déroulent tard le soir ou où les interactions sociales se limitent à des écrans. Cette déréalisation visuelle et narrative renforce l’idée d’un système qui broie les individus, les réduisant à leur rôle professionnel.
Le ton du film est résolument grinçant et humoristique, une rupture avec le style plus sérieux et documentaire de Brizé. Cette approche a surpris le public et les critiques, habitués à des œuvres plus austères. Le film joue sur l’absurdité des situations et des personnages, allant jusqu’à provoquer des fous rires malgré la critique acerbe qu’il porte. Cette tonalité satirique permet de dénoncer les travers du monde de l’entreprise tout en rendant le propos accessible, voire divertissant, pour un large public.

