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Géopolitique

“Jadis, Xi Jinping admirait Vladimir Poutine

Courrier International · mis à jour il y a 20 j

Au-delà des déclarations officielles célébrant le “partenariat stratégique” entre Pékin et Moscou, l’enlisement de la guerre en Ukraine et l’isolement économique de la Russie ont placé Vladimir Poutine en position de subalterne dans une relation bilatérale de plus en plus déséquilibrée, observe “The Wall Street Journal”. Conscient de cet avantage, Xi Jinping entend obtenir de sérieuses concessions dans le domaine énergétique..

Visite diplomatique tendue

En mai 2026, Vladimir Poutine s’est rendu à Pékin pour une visite d’État afin de convaincre Xi Jinping d’approuver un nouveau gazoduc entre la Russie et la Chine, nommé Force de Sibérie 2. Ce projet, en discussion depuis vingt ans, est vital pour Moscou, car il permettrait d’exporter du gaz russe vers la Chine. Cependant, les négociations ont échoué : la Chine a refusé de signer l’accord, exigeant que le gaz soit vendu à un prix inférieur à celui du marché, similaire aux tarifs pratiqués en Russie. Le Wall Street Journal souligne que cette rencontre marque un tournant dans les relations entre les deux pays, autrefois perçues comme une alliance forte. La Chine, désormais en position de force, impose ses conditions, tandis que la Russie, isolée par les sanctions occidentales, dépend de plus en plus de son partenaire asiatique.

Évolution des relations sino-russes

En 2013, Xi Jinping avait choisi Moscou pour son premier déplacement officiel en tant que dirigeant chinois. À l’époque, il admirait Vladimir Poutine, le qualifiant de modèle pour sa capacité à diriger une grande puissance malgré une économie dépendante des hydrocarbures. Aujourd’hui, la relation entre les deux pays est devenue asymétrique, c’est-à-dire inégale, avec la Chine en position dominante. En 2013, la Chine représentait 10 % du commerce extérieur de la Russie, contre 40 % en 2026. Pékin joue un rôle clé dans l’économie russe en achetant du pétrole à prix réduit, en fournissant des composants pour l’industrie de défense et en offrant une infrastructure financière pour contourner les sanctions occidentales. Cette dépendance croissante illustre le basculement du rapport de force en faveur de la Chine.

Stratégie chinoise de domination

Le Wall Street Journal compare la relation actuelle entre Xi Jinping et Vladimir Poutine à celle entre Mao Zedong et Staline en 1950. À l’époque, les affiches de propagande soviétiques représentaient Staline comme légèrement plus grand que Mao, un détail symbolique pour montrer la supériorité de l’URSS. Cette stratégie avait provoqué une rupture entre les deux pays, profitant aux États-Unis. Xi Jinping semble avoir tiré les leçons de cet échec : il évite d’humilier Poutine en public, tout en maintenant une position dominante en coulisses. Sergueï Radtchenko, de l’université Johns-Hopkins, explique que cette approche permet à la Chine de préserver une alliance stratégique sans déclencher de réaction négative de la part de la Russie.

Ce que ça pourrait changer

Contrairement à Poutine, qui mise sur des alliances à court terme, Xi Jinping adopte une stratégie de long terme en Russie. Selon le *Wall Street Journal*, la Chine développe discrètement des liens qui dépassent la personne de Poutine, afin de préparer l’après-régime. Alexandre Gabouev, directeur du Centre Carnegie Russie Eurasie, estime que la Chine pourrait transformer la Russie en un pays similaire au Laos ou au Pakistan : très dépendant de Pékin, connecté économiquement et culturellement, et considérant la Chine comme un modèle de modernité. Cette vision reflète une volonté de Pékin de consolider son influence en Eurasie, tout en limitant les risques de conflit ouvert avec Moscou.

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