Moyen-Orient : le régime iranien a-t-il intérêt à une guerre au long cours ?
Onze jours après la reprise des bombardements, la guerre entre l'Iran et les États-Unis est entrée dans une nouvelle phase. Cette guerre est-elle en train de transformer durablement le régime iranien et sa stratégie militaire ? Quels sont désormais les objectifs des Gardiens de la révolution ?.
Onze jours après la reprise des bombardements, une guerre oppose actuellement l'Iran aux États-Unis, avec des frappes américaines quotidiennes sur le territoire iranien et des représailles de Téhéran ciblant les bases américaines dans le Golfe. Cette escalade militaire s'accompagne de menaces des Houthis, un groupe armé yéménite soutenu par l'Iran, qui pourrait ouvrir un nouveau front en mer Rouge. Le président iranien Massoud Pezeshkian évoque désormais une guerre totale, un terme désignant un conflit sans restriction, impliquant l'ensemble des ressources d'un pays. Cette situation survient dans un contexte où l'Iran traverse une crise économique profonde, aggravée par les sanctions internationales. Les Gardiens de la révolution, une force paramilitaire iranienne, gagnent en influence et semblent jouer un rôle central dans cette dynamique.
Les Gardiens de la révolution (Pasdaran en persan) sont une organisation militaire et politique iranienne créée en 1979 après la révolution islamique. Ils agissent comme une armée parallèle, contrôlant une partie de l'économie et des institutions, et jouent un rôle clé dans la défense du régime. Dans le contexte actuel, leur influence semble croître, notamment face à la crise économique et à l'escalade militaire. Leur objectif principal pourrait être de renforcer leur pouvoir interne tout en maintenant une posture de résistance face aux États-Unis. Leur stratégie inclut des attaques indirectes via des groupes alliés comme les Houthis au Yémen ou le Hezbollah au Liban, ce qui permet à l'Iran de mener une guerre par procuration sans engagement direct.
Le régime iranien, dirigé par des figures comme l'ayatollah Ali Khamenei, cherche à préserver son pouvoir face à des défis internes et externes. Sur le plan interne, la crise économique, marquée par une inflation élevée et des pénuries, menace la stabilité sociale. Externement, l'Iran fait face à une pression croissante des États-Unis et de leurs alliés. Dans ce contexte, une guerre prolongée pourrait servir plusieurs objectifs : renforcer la cohésion nationale autour du régime, justifier une mobilisation des ressources et distraire l'opinion publique des difficultés économiques. Cependant, une escalade trop importante risquerait d'aggraver la crise et de fragiliser davantage le pays.
Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, mènent des frappes ciblées sur le territoire iranien, visant probablement des infrastructures militaires ou stratégiques. Leur objectif est de limiter la capacité de l'Iran à mener des attaques ou à soutenir des groupes armés dans la région. Cependant, cette stratégie comporte des risques : une escalade incontrôlée pourrait entraîner un embrasement régional, impliquant d'autres acteurs comme les Houthis ou le Hezbollah. Les États-Unis doivent également composer avec les réactions de leurs alliés, notamment en Europe, qui pourraient craindre une extension du conflit.
L'ouverture d'un nouveau front en mer Rouge par les Houthis, soutenus par l'Iran, pourrait aggraver la situation. Cette région est stratégique pour le commerce mondial, notamment pour le transport de pétrole. Une perturbation des routes maritimes aurait des conséquences économiques mondiales. Par ailleurs, d'autres acteurs régionaux, comme Israël ou l'Arabie saoudite, pourraient être entraînés dans le conflit, transformant une guerre locale en un conflit régional plus large. La communauté internationale, notamment l'ONU, tente d'éviter cette escalade, mais les tensions restent élevées.
L'économie iranienne est déjà fragilisée par des années de sanctions internationales, notamment celles imposées par les États-Unis après leur retrait de l'accord sur le nucléaire en 2018. Ces sanctions limitent les exportations de pétrole, principale source de revenus du pays. Une guerre prolongée aggraverait cette situation, en détournant des ressources vers le secteur militaire et en décourageant les investissements étrangers. Le régime pourrait tenter de mobiliser la population autour de l'idée d'une résistance nationale, mais les difficultés économiques risquent de s'accentuer, alimentant un mécontentement social potentiellement dangereux pour la stabilité du régime.

