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France-Togo : la fin d’une relation privilégiée ?

The Conversation France · mis à jour 23 sept.

L’ESSENTIEL L’arrestation de deux journalistes français au Togo, fin juillet 2026, révèle les difficultés persistantes auxquelles sont confrontés les médias dans un pays dirigé depuis près de soixante ans par la famille Gnassingbé. Des décennies durant, le Togo a été un élément important du « pré carré » français en Afrique.

Arrestation de journalistes

En juillet 2026, deux journalistes français, Gaël Mocaër et Perez Pezzani, ont été arrêtés au Togo alors qu'ils tournaient un reportage pour l'émission Les Routes de l'impossible sur France Télévisions. Ils ont été détenus jusqu'au 3 septembre 2026 avant d'être libérés et de rentrer en France. Leur arrestation a été justifiée par les autorités togolaises par l'absence d'autorisation pour le tournage et l'usage illégal d'un drone. Ces motifs ont été contestés par leur employeur, qui affirme avoir respecté les procédures administratives. Le Togo, dirigé depuis près de 60 ans par la famille Gnassingbé, est connu pour son régime autoritaire et ses restrictions à la liberté de la presse, ce qui rend les conditions de travail des journalistes, locaux ou étrangers, particulièrement difficiles.

Togo autoritaire depuis 1967

Le Togo est gouverné sans interruption depuis 1967 par la famille Gnassingbé. Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir de 1967 à 2005, a instauré un régime autoritaire avec un parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT). À sa mort en 2005, son fils Faure Gnassingbé a pris le relais, malgré des pressions internationales pour organiser des élections. Faure Gnassingbé a été réélu en 2005, 2010, 2015, 2020 et 2025, des scrutins régulièrement contestés par l'opposition. Ce système politique a favorisé des pratiques comme l'intimidation, les arrestations arbitraires et la restriction de la liberté d'expression, notamment pour les médias indépendants. Par exemple, le journaliste Ferdinand Ayité, directeur du média L'Alternative, a dû s'exiler en France en 2024 après des pressions.

France-Togo : alliance historique

Depuis les années 1960, le Togo a été un allié stratégique de la France en Afrique de l'Ouest, souvent qualifié de pré carré français. Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir de 1967 à 2005, a entretenu des relations étroites avec plusieurs présidents français, dont Valéry Giscard d'Estaing. Ces liens reposaient sur des accords militaires permettant à la France d'intervenir pour protéger le régime togolais en cas de menace, comme lors de la tentative de coup d'État de 1986. Eyadéma a aussi joué un rôle de médiateur régional, notamment au sein de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qu'il a contribué à créer. Cette alliance a permis au Togo de bénéficier d'un soutien politique et sécuritaire durable de la part de la France.

Diversification des partenariats

Depuis quelques années, le Togo cherche à diversifier ses alliances pour réduire sa dépendance à la France. En 2025, le pays s'est rapproché de la Russie, signant un accord de coopération militaire et organisant une rencontre officielle entre Faure Gnassingbé et Vladimir Poutine à Moscou. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte où le Togo tente de jouer un rôle d'intermédiaire entre l'Alliance des États du Sahel (AES), composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, et la Cédéao. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a même évoqué la possibilité pour le Togo d'intégrer l'AES. Ces évolutions reflètent une volonté de Lomé de ne plus être perçu comme un simple relais de la politique française en Afrique de l'Ouest.

Tensions sécuritaires et djihadistes

Depuis fin 2021, le nord du Togo est confronté à des incursions djihadistes en provenance du Burkina Faso, pays voisin en proie à une insurrection terroriste. Cette menace a poussé le Togo à renforcer sa coopération sécuritaire avec la France, qui a aidé à moderniser les forces armées togolaises. Cependant, cette collaboration n'a pas suffi à éviter les tensions diplomatiques récentes. Le pays a aussi développé des partenariats avec d'autres acteurs, comme la Russie, pour faire face à ces défis. En 2026, le Togo a présenté une nouvelle stratégie, intitulée Togo-Sahel 2026-2028, visant à renforcer sa position dans la lutte contre le terrorisme et à servir de pont entre l'AES et la Cédéao.

Affaiblissement de l'influence française

La relation franco-togolaise, historiquement solide, montre des signes de fragilisation depuis 2020. Ce déclin s'inscrit dans un mouvement plus large de recul de l'influence française en Afrique de l'Ouest, notamment au Sahel, où la France a connu des échecs militaires et diplomatiques. La montée en puissance de la Russie dans la région, avec laquelle le Togo a renforcé ses liens, aggrave cette tendance. En avril 2026, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est rendu à Lomé pour tenter de réaffirmer le partenariat entre les deux pays et proposer une offre de coopération alternative à celle de Moscou. Ces efforts illustrent l'inquiétude de Paris face à la perte d'influence dans une région où le Togo occupe une position géographique stratégique.

Ce que ça pourrait changer

L'influence française au Togo s'est aussi manifestée sur le plan économique, notamment via le groupe Bolloré. En 2010, des soupçons de sous-facturation de prestations de communication par Havas, filiale du groupe, ont été évoqués pour favoriser la réélection de Faure Gnassingbé. Ces pratiques, si elles étaient avérées, illustrent les liens étroits entre intérêts économiques français et pouvoir politique togolais. Aujourd'hui, alors que le Togo diversifie ses partenariats, ces controverses historiques pourraient peser sur les relations futures entre Paris et Lomé. La France doit désormais composer avec une concurrence accrue, notamment russe, pour maintenir son influence dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

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