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Longtemps chassés, les castors pourraient désormais aider à freiner la progression des incendies

Science & Vie · mis à jour il y a 6 j

Un rongeur bâtisseur pourrait devenir un atout climatique inattendu. En dressant ses barrages, il gorge d'eau des vallées entières et garde la végétation verte.

Castors, alliés contre les incendies

Les castors, longtemps chassés pour leur fourrure ou considérés comme nuisibles, pourraient devenir des alliés inattendus dans la lutte contre les incendies de forêt. Ces rongeurs semi-aquatiques, connus pour construire des barrages avec des branches et de la boue, créent des zones humides qui agissent comme des coupe-feu naturels. Leur activité modifie les écosystèmes en retenant l’eau et en maintenant des sols humides, limitant ainsi la propagation des flammes. Des études récentes, notamment aux États-Unis et au Canada, montrent que les zones aménagées par les castors résistent mieux aux incendies que les zones sèches environnantes. Par exemple, dans l’État de l’Oregon, des chercheurs ont observé une réduction de 30 % de la surface brûlée dans les zones occupées par ces animaux par rapport à des zones similaires sans castors.

Rôle des zones humides

Les barrages construits par les castors (Castor canadensis et Castor fiber) transforment les cours d’eau en une série de petits lacs et de zones marécageuses. Ces milieux humides jouent un rôle clé dans la régulation des incendies en maintenant un taux d’humidité élevé dans la végétation environnante. L’eau stockée dans ces zones sert aussi de réserve pour les pompiers en cas de feu. Les scientifiques estiment que chaque barrage de castor peut retenir jusqu’à 1 000 mètres cubes d’eau, soit l’équivalent de 400 000 bouteilles d’eau. Ces écosystèmes favorisent également la biodiversité en offrant un habitat à de nombreuses espèces aquatiques et terrestres.

Retour des castors en Europe

En Europe, la population de castors a été décimée au XIXe siècle en raison de la chasse intensive, mais elle connaît depuis les années 1960 un retour progressif grâce à des mesures de protection. Aujourd’hui, on estime qu’il y a environ 1,5 million de castors en Europe, avec une présence notable en France, en Allemagne et dans les pays scandinaves. Des projets de réintroduction sont menés dans plusieurs régions, comme en Écosse où des castors ont été réintroduits en 2009 après une absence de 400 ans. Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de restauration écologique, visant à rétablir des écosystèmes fonctionnels et résilients face aux changements climatiques.

Incendies, un enjeu croissant

Les incendies de forêt sont devenus un problème majeur en raison du réchauffement climatique, qui augmente la fréquence et l’intensité des feux. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les zones touchées par des feux de forêt pourraient augmenter de 50 % d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. En 2023, plus de 4 millions d’hectares ont brûlé en Europe, un record depuis le début des relevés. Les coûts économiques de ces catastrophes sont colossaux : en 2021, les feux en Californie ont causé des dégâts estimés à 10 milliards de dollars. Les castors pourraient donc représenter une solution naturelle et peu coûteuse pour atténuer ces risques.

Reconversion des politiques

Historiquement, les castors étaient perçus comme des nuisibles en raison des dégâts qu’ils occasionnent aux arbres ou aux cultures. Cependant, des pays comme les États-Unis ou le Canada ont commencé à changer de perspective en les protégeant et en les réintroduisant dans certaines zones. En France, des projets pilotes sont en cours, notamment dans les Pyrénées ou en Bretagne, pour évaluer l’impact des castors sur la prévention des incendies. Les autorités locales et les scientifiques collaborent pour identifier les zones où leur présence serait bénéfique. Cette approche s’inscrit dans une logique de gestion adaptative, où les solutions sont ajustées en fonction des résultats observés sur le terrain.

Ce que ça pourrait changer

Malgré leur potentiel, les castors ne peuvent pas être une solution miracle contre les incendies. Leur efficacité dépend de nombreux facteurs, comme la densité de leur population, la taille des zones humides créées ou le type de végétation environnante. Par exemple, dans les régions très sèches ou déjà dégradées, leur impact pourrait être limité. De plus, leur réintroduction doit être soigneusement planifiée pour éviter des conflits avec les activités humaines, comme l’agriculture ou l’exploitation forestière. Les scientifiques soulignent aussi la nécessité de poursuivre les recherches pour quantifier précisément leur rôle dans la prévention des feux à grande échelle.

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