Pour encourager l'action en faveur du climat, l'appel aux émotions est essentiel
Une nouvelle publication affirme que, pour encourager le public à s'engager pour l'environnement, la seule explication des faits scientifiques est moins efficace que l'appel aux émotions..
Le changement climatique est un phénomène mondial qui affecte déjà l’ensemble de la population. En France, l’été 2026 a battu des records de chaleur, devenant l’été le plus chaud jamais enregistré dans le pays. Les scientifiques s’accordent sur l’origine humaine de ce dérèglement, causé par les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, malgré les preuves scientifiques et les efforts de vulgarisation, le climat reste une préoccupation secondaire pour une partie du public. Les actions politiques nécessaires pour limiter ce phénomène nécessitent un soutien large de la population, mais leur mise en œuvre se heurte à des résistances. Les chercheurs soulignent que la communication autour de ces enjeux doit évoluer pour passer de la simple information à l’engagement concret.
Tobias Brosch, professeur en psychologie à l’université de Genève, explique que la manière dont on communique sur le climat influence directement la mobilisation du public. Jusqu’à présent, les recherches se concentraient surtout sur les croyances des individus plutôt que sur leur capacité à passer à l’action. Son étude, publiée dans le Journal of Environmental Psychology, montre que les stratégies de communication doivent être repensées. Les messages qui insistent uniquement sur les faits scientifiques ou sur la responsabilité individuelle (comme trier ses déchets ou utiliser moins sa voiture) ont un impact limité, voire peuvent susciter de la résistance. À l’inverse, les approches qui intègrent des récits, des valeurs éthiques et des émotions (positives ou négatives) sont plus efficaces pour motiver les changements de comportement.
L’étude de Tobias Brosch révèle que presque toutes les stratégies de communication testées ont un effet positif, même modeste, sur la mobilisation. Par exemple, une campagne touchant des centaines de millions de personnes peut générer un changement significatif à l’échelle d’une population, même si l’impact individuel reste faible. Les chercheurs ont identifié que les messages les plus efficaces sont ceux qui combinent des données scientifiques avec une dimension émotionnelle ou narrative. Cela peut inclure des histoires personnelles, des images fortes (comme la sculpture d’un ours polaire sur la Tamise en 2009) ou des appels à la solidarité. En revanche, les approches axées sur la culpabilité ou la responsabilité individuelle isolée sont contre-productives et peuvent renforcer les réticences.
Contrairement aux idées reçues, les politiques publiques actuelles misent souvent sur une écologie des petites responsabilités individuelles, comme recycler ou réduire sa consommation d’énergie. Pourtant, cette stratégie est jugée peu efficace par les chercheurs, car elle peut donner l’impression que les solutions dépendent uniquement des actions personnelles, sans cadre collectif ou politique fort. Les émotions, qu’elles soient positives (espoir, fierté) ou négatives (peur, indignation), jouent un rôle clé pour susciter l’adhésion. Par exemple, montrer les conséquences concrètes du réchauffement climatique sur des communautés ou des espèces menacées peut rendre le problème plus tangible et urgent pour le grand public.
Les résultats de l’étude indiquent que l’effet d’un seul message reste limité : une exposition ponctuelle ne suffit pas à transformer radicalement un comportement. Cependant, lorsque des campagnes sont répétées et touchent un large public, même un petit changement par individu peut avoir un impact collectif majeur. Par exemple, une augmentation de 1 % de l’engagement dans une population de 10 millions de personnes représente 100 000 personnes supplémentaires agissant pour le climat. Les chercheurs insistent donc sur l’importance de multiplier les canaux de communication et de varier les approches pour toucher différents publics, en adaptant le ton et le contenu des messages à leurs sensibilités.

