Donald Trump et la réalité du danger fasciste
Le débat sur le caractère fasciste ou non de l’action de Donald Trump continue de se dérouler en France et aux États-Unis. Ce débat a été relancé après le 6 janvier 2021, lorsque des partisans de Donald Trump ont donné l’assaut au Capitole avec ses encouragements alors qu’il pressait le vice-président Mike Pence de refuser d’authentifier les résultats de l’élection présidentielle qui le donnaient battu.
Les auteurs proposent une vision du fascisme distincte des modèles historiques classiques (nazisme allemand, fascisme italien). Ils s’appuient sur la théorie d’Umberto Eco, qui définit le fascisme comme un ensemble de traits récurrents (Ur-fascismus ou « fascisme primitif et éternel ») plutôt que comme un système unique. Selon cette approche, le fascisme n’est pas seulement une idéologie précise, mais une dynamique qui peut émerger dès qu’un certain nombre de caractéristiques se manifestent, comme le rejet du pluralisme, la division de la société en « amis » et « ennemis », ou la promotion d’un culte du leader. Cette définition permet d’analyser des phénomènes contemporains, comme le trumpisme, sans les comparer systématiquement aux régimes du XXe siècle. Les auteurs soulignent que le fascisme est souvent une réponse aux crises des démocraties libérales, comme ce fut le cas dans l’entre-deux-guerres ou aujourd’hui aux États-Unis.
Donald Trump est présenté comme un adversaire déclaré de la démocratie libérale, un système où les gouvernants peuvent être remplacés par le vote et où les partis acceptent de perdre les élections. Dès le 6 janvier 2021, lors de l’assaut du Capitole, il a refusé de reconnaître sa défaite électorale, affirmant que l’élection était truquée. Depuis son retour au pouvoir en 2025, il maintient cette position et revendique ouvertement une dictature personnelle, déclarant : « Je suis un dictateur, car souvent vous avez besoin d’un dictateur. » Il considère que les élections ne sont légitimes que si elles lui sont favorables et menace régulièrement de suspendre la Constitution pour inverser des résultats défavorables. Son projet vise à remplacer les institutions démocratiques par un régime autoritaire, où le pouvoir exécutif domine le législatif et la justice, et où les opposants politiques sont ciblés.
Trump met en place une stratégie pour affaiblir les contre-pouvoirs et instaurer un régime de pouvoir personnel. Il utilise le département de la Justice pour poursuivre ses ennemis politiques, comme lorsqu’il a fait pression sur ce ministère pour enquêter sur ses adversaires. Il menace d’utiliser l’Insurrection Act de 1807, une loi permettant de déployer l’armée sur le territoire américain, notamment dans des États dirigés par des démocrates. Lors de la convention républicaine de Dallas en 2026, il a exigé un serment de fidélité collectif à sa personne, exigeant de ses partisans qu’ils promettent de voter pour lui, même en trichant. Son vice-président, J.D. Vance, a repris des thèmes d’extrême droite, comme l’accusation selon laquelle les immigrés seraient responsables de l’insécurité et de la pauvreté aux États-Unis. Trump encourage également la violence contre ses opposants, allant jusqu’à suggérer l’exécution de généraux ou de leaders démocrates.
La vision trumpiste de la société repose sur une division radicale entre « nous » (les « vrais Américains ») et « eux » (les immigrés, les musulmans, la gauche, les intellectuels, les personnes LGBT+). Il présente ces groupes comme une menace pour les États-Unis, les accusant de vouloir détruire le pays avec l’aide d’un « État profond » infiltré. Cette rhétorique conspirationniste alimente des mesures discriminatoires, comme la séparation des familles d’immigrés aux frontières, comparée aux camps de concentration des régimes fascistes du XXe siècle. Trump défend une vision suprémaciste blanche, affirmant en 2025 que les descendants des soldats de la guerre de Sécession ont plus de droits sur l’Amérique que ceux qu’il considère comme des étrangers. Il rejette les valeurs libérales des Lumières, comme l’universalisme et l’humanisme, au profit d’une loi du plus fort et d’un culte de la violence.
Trump adopte une politique étrangère agressive, s’éloignant des alliés traditionnels des États-Unis et se rapprochant de régimes autoritaires. Il menace régulièrement le Groenland, le Canada et l’Union européenne, et traite le dictateur nord-coréen comme un « ami ». Il affaiblit l’OTAN et reporte des manœuvres militaires avec la Corée du Sud. Il accepte des financements étrangers pour sa famille, comme les frais de mariage de son fils payés par un oligarque russe proche de Poutine. Il encourage aussi des dirigeants comme Javier Milei, en Argentine, à revendiquer les îles Malouines, un territoire britannique. Cette politique s’inscrit dans une dynamique mondiale où les démocraties libérales sont confrontées à une montée des régimes autoritaires, comme en Hongrie sous Viktor Orbán, souvent qualifiée de « démocratie illibérale ».
La rhétorique et les actions de Trump alimentent un climat de tensions extrêmes aux États-Unis, risquant de mener à une guerre civile. Il purge les administrations fédérales de ses opposants et remplace des fonctionnaires compétents par des fidèles. Il censure des programmes universitaires et des livres scolaires, et restreint les droits des personnes transgenres. En 2026, deux citoyens américains ont été tués par des agents de la milice armés de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), une agence fédérale chargée de l’immigration, sans que le département de la Justice n’ouvre d’enquête. Trump a également déclaré que le général Mark Milley, qui avait critiqué ses projets autoritaires, devrait être exécuté pour trahison. Ces mesures créent un climat de peur et de division, où la violence politique devient une menace réelle.
Les auteurs soulignent que la résistance à cette dynamique fasciste est possible, mais incertaine. Des élections régionales en Allemagne, comme celles de Saxe-Anhalt en 2026, montrent que la démocratie peut encore l’emporter, même face à des partis d’extrême droite comme l’AfD. Cependant, Trump a félicité ce parti pour sa victoire, illustrant une « Internationale réactionnaire » qui unit les mouvements autoritaires à travers le monde. Les prochaines élections américaines, notamment les midterms de 2026 et la présidentielle de 2028, seront des moments décisifs. Les auteurs craignent qu’un coup d’État ne soit possible si Trump perd ces scrutins. Ils rappellent que les démocraties ont déjà résisté à des vagues autoritaires par le passé, mais que le danger est bien réel aujourd’hui, comme l’a souligné l’hebdomadaire allemand *Der Spiegel* en septembre 2026 : *« La fin de la démocratie libérale n’est pas inévitable. »*

