Empreinte carbone de NVIDIA : ce que disent ( et ne disent pas) les chiffres
NVIDIA promeut l’idée selon laquelle l’IA serait nécessaire à la lutte contre le changement climatique. L’entreprise y contribue pourtant activement, la production et l’usage de ses puces provoquant une forte hausse de ses émissions carbone sur les six dernières années.
L’empreinte carbone liée à la fabrication des puces électroniques dédiées à l’intelligence artificielle (IA) générative par NVIDIA a connu une augmentation spectaculaire depuis 2020. Selon une analyse indépendante, ces émissions ont grimpé de 725 %, passant de 1,3 million de tonnes équivalent CO₂ en 2020 à 10,7 millions en 2026. Cette hausse reflète l’essor fulgurant de l’IA générative, un domaine où NVIDIA est un acteur majeur. L’empreinte carbone désigne la quantité totale de gaz à effet de serre (comme le CO₂) émise directement ou indirectement par une activité, exprimée en tonnes équivalent CO₂ pour faciliter les comparaisons. L’IA générative est une technologie capable de produire du contenu (texte, image, son) à partir de données, mais elle est extrêmement énergivore. Les puces spécialisées, comme celles fabriquées par NVIDIA, sont au cœur de cette technologie et leur production nécessite des procédés industriels très polluants.
Un rapport intitulé «NVIDIA’s climate hoax» (le canular climatique de NVIDIA en français) a été publié en septembre 2026 par Ketan Joshi, un analyste spécialisé dans les enjeux environnementaux et le greenwashing (pratique consistant à donner une image écologique trompeuse à une entreprise ou un produit). Ce rapport, soutenu par plusieurs organisations comme Greenpeace International et Beyond Fossil Fuels, examine les données climatiques de NVIDIA et ses déclarations publiques sur son impact environnemental. L’étude révèle que, malgré les discours de l’entreprise sur son rôle bénéfique pour le climat, NVIDIA est classée dernière parmi les acteurs de la chaîne de valeur de l’IA en matière de décarbonation de ses activités. Le greenwashing désigne ici la stratégie de communication de NVIDIA, qui met en avant des efforts environnementaux tout en minimisant ses émissions réelles.
Les chiffres officiels de NVIDIA ne couvrent qu’une partie de son empreinte carbone réelle. Les émissions liées à l’usage des puces (par exemple, lors de l’entraînement des modèles d’IA ou de leur utilisation dans les data centers) pourraient être jusqu’à deux fois plus élevées que celles liées à leur fabrication. Ces émissions indirectes, dites scope 3 dans le jargon des rapports climatiques, sont difficiles à mesurer et souvent sous-estimées par les entreprises. Le scope 3 inclut toutes les émissions produites en amont et en aval de la chaîne de valeur, comme la consommation d’énergie des serveurs ou le transport des équipements. NVIDIA ne fournit que des données parcellaires sur ces émissions, ce qui limite la transparence et rend les comparaisons difficiles.
En février 2026, Ketan Joshi avait déjà publié un rapport intitulé «Le mensonge climatique de l’IA», soulignant un paradoxe : bien que l’IA soit présentée comme un outil pour lutter contre le changement climatique, les modèles d’IA générative (comme ceux de NVIDIA) sont parmi les plus énergivores. À l’inverse, les modèles traditionnels, plus sobres en énergie, seraient mieux adaptés pour aider les sciences environnementales. Par exemple, un modèle d’IA générative peut consommer autant d’électricité en quelques heures d’entraînement qu’un foyer moyen en plusieurs années. Ce rapport met en lumière l’écart entre les promesses des entreprises technologiques et la réalité de leur impact environnemental.
Plusieurs organisations environnementales, comme Greenpeace International, Beyond Fossil Fuels et Stand.earth, soutiennent les travaux de Ketan Joshi et critiquent la stratégie climatique de NVIDIA. Ces groupes pointent du doigt le manque d’action concrète de l’entreprise pour réduire ses émissions, malgré ses discours. NVIDIA, leader sur le marché des puces pour l’IA, est au cœur des débats sur la durabilité de la révolution technologique actuelle. Le rapport *«NVIDIA’s climate hoax»* s’inscrit dans une série de travaux visant à évaluer l’impact réel de l’industrie de l’IA, souvent accusée de *greenwashing* par ces organisations. Ces critiques interviennent dans un contexte où la demande en IA générative explose, alimentée par des applications comme les chatbots ou les outils de création de contenu.

