Femme, foi
En direct de Mialet pour vivre le culte de l’Assemblée du Désert 2026.
Marie Durand est une figure historique protestante française, née en 1711 et morte en 1776, devenue un symbole de résistance face à l’oppression religieuse. Arrêtée à seulement 19 ans en 1730, elle fut emprisonnée pendant trente-huit ans dans la tour de Constance à Aigues-Mortes, une forteresse utilisée pour incarcérer les protestants qui refusaient de renier leur foi. Son nom est aujourd’hui associé à un mot gravé dans la pierre de sa cellule : « Résister », un message à la fois personnel et collectif. Son histoire illustre la persécution des protestants en France au XVIIIe siècle, une période marquée par l’application rigoureuse de l’édit de Fontainebleau (1685), qui révoquait l’édit de Nantes (1598) et interdisait le culte protestant. Marie Durand incarne ainsi la lutte pour la liberté de conscience, un combat qui dépasse les frontières du protestantisme.
L’Assemblée du Désert est un rassemblement annuel organisé dans les Cévennes, plus précisément à Mialet, pour commémorer la mémoire des protestants persécutés. Cet événement, qui se tient chaque année en septembre, attire des milliers de participants et célèbre la résistance des protestants français, notamment à travers l’histoire de Marie Durand. L’édition 2026 de cette assemblée a choisi de mettre en avant son parcours, soulignant son rôle dans l’histoire protestante. Le lieu, Mialet, est chargé de symboles : c’est ici que se trouve le musée du Désert, installé dans une ancienne grange cévenole, qui retrace la vie des protestants sous l’Ancien Régime. Cet événement s’inscrit dans une tradition de transmission mémorielle, visant à préserver la mémoire de ceux qui ont lutté pour leur foi malgré les persécutions.
Au XVIIIe siècle, la France est majoritairement catholique, et les protestants, bien que tolérés dans certaines régions, subissent des restrictions croissantes. L’édit de Fontainebleau, signé par Louis XIV en 1685, marque un tournant en interdisant officiellement le culte protestant et en démantelant les temples. Les protestants qui refusent d’abjurer leur foi sont emprisonnés, exilés ou exécutés. La tour de Constance, construite au XIIIe siècle, devient alors un symbole de cette répression : elle est transformée en prison pour les femmes protestantes, dont Marie Durand. Son incarcération illustre la violence de cette politique, mais aussi la résistance passive des protestants, qui continuent à pratiquer leur culte en secret. Ce contexte explique pourquoi des figures comme Marie Durand sont devenues des icônes de la lutte pour la liberté religieuse.
Pour discuter de l’héritage de Marie Durand, l’émission Solaé, le rendez-vous protestant a reçu deux experts : Inès Kirschleger, maîtresse de conférences à l’université de Toulon spécialisée en littérature française des XVIIe et XVIIIe siècles, et Patrick Cabanel, historien et directeur d’études à l’École pratique des hautes études. Inès Kirschleger apporte un éclairage sur les textes et les témoignages de l’époque, tandis que Patrick Cabanel, auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire protestante, contextualise la vie de Marie Durand dans le cadre plus large des persécutions religieuses. Leur intervention permet de mieux comprendre comment une femme comme Marie Durand a pu traverser les siècles et devenir une figure majeure de la mémoire collective protestante.
Plus de deux cent cinquante ans après sa mort, l’histoire de Marie Durand continue de résonner dans la société française. Son parcours interroge des thèmes universels comme la liberté de conscience, la résistance face à l’oppression et la mémoire collective. Son refus d’abjurer sa foi, malgré trente-huit ans de détention, en fait une icône de la persévérance et du courage. Aujourd’hui, son histoire est souvent citée dans les débats sur la laïcité, la tolérance religieuse et les droits humains. Elle rappelle aussi l’importance de préserver la mémoire des luttes passées pour inspirer les générations futures. L’Assemblée du Désert, en mettant en avant des figures comme la sienne, joue un rôle clé dans cette transmission.

