Littérature combustible – sur Déclaration de la personne d’Elfriede Jelinek
Dès les premières lignes, la narratrice reçoit un papier des impôts qu’elle doit remplir pour prouver sa probité. Aussitôt, les plombs sautent : d’un côté, l’argent, la finance ; de l’autre, l'histoire familiale juive, celle de la prix Nobel autrichienne, traversée par les camps et la mort.
L'article analyse Déclaration de la personne, un texte d'Elfriede Jelinek, autrice autrichienne lauréate du prix Nobel. Ce livre, à la fois roman et monologue théâtral, se distingue par son style explosif et son ton satirique. La narratrice, confrontée à un formulaire fiscal, déclenche un flux de pensées et de critiques qui mêlent humour noir et colère. L'œuvre, composée de 127 pages, est décrite comme difficile d'accès en raison de son intensité et de sa structure fragmentée. Le titre évoque un document administratif, mais le contenu s'en éloigne pour explorer des thèmes plus profonds, comme l'argent, la finance et l'histoire familiale de l'autrice.
Le texte adopte la forme d'un monologue ininterrompu, typique des pièces de théâtre de Jelinek, mais ici adapté à un format littéraire. Ce style, qualifié de combustible, reflète une énergie verbale incontrôlable, où les idées s'enchaînent sans filtre. La narratrice, en remplissant un formulaire fiscal, se lance dans une diatribe contre la finance mondialisée, critiquant des entreprises comme Google, Apple et Amazon, surnommées ici Googol, Pomme et autres Amazones. Ces entreprises symbolisent le capitalisme globalisé et ses dérives, notamment l'évasion fiscale et le blanchiment d'argent, illustrés par des références à des paradis fiscaux comme la Suisse. Le ton alterne entre sarcasme et rage, créant un effet de néon prêt à exploser.
Deux thèmes principaux structurent l'œuvre : d'une part, la critique acerbe du système financier, avec une attention particulière portée aux mécanismes d'évasion fiscale et aux paradis fiscaux. Ces derniers, souvent associés à des pays comme la Suisse, permettent aux grandes entreprises et aux individus fortunés d'échapper à l'imposition. D'autre part, Jelinek intègre des éléments de son histoire familiale juive, marquée par les persécutions nazies, les camps de concentration et la mort. Ces références, bien que moins développées que la critique économique, ajoutent une dimension personnelle et historique au texte, soulignant les conséquences durables de la Shoah sur les générations suivantes.
L'article situe *Déclaration de la personne* dans le contexte plus large de l'œuvre de Jelinek, autrice connue pour sa verve politique et son engagement contre les injustices sociales. Le texte est publié en 2026, dans un contexte où les scandales financiers, comme l'affaire Epstein, mettent en lumière les dérives du capitalisme mondialisé. L'œuvre est décrite comme férocement comique, mais aussi épuisante pour le lecteur, en raison de son intensité et de sa densité. Elle s'adresse à un public déjà familier avec l'autrice, mais peut aussi intriguer ceux qui découvrent son style unique, marqué par une rage et une ironie sans concession.

