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Pour les anciens comme les futurs athlètes, les cas d’ETC obligent des changements

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

La prévalence des cas d'ETC au football rappelle à quel point l'encadrement des athlètes est important..

ETC et football

L’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) est une maladie neurodégénérative causée par des coups répétés à la tête. Une étude récente publiée dans le British Medical Journal (2026) a analysé 235 cerveaux de joueurs de la NFL décédés entre 2016 et 2021. Les chercheurs ont établi qu’au moins 24,5 % de ces joueurs souffraient d’ETC, un chiffre qui pourrait être sous-estimé car tous les cerveaux n’ont pas été examinés. Cette proportion est bien plus élevée que les estimations précédentes, qui évoquaient un cas sur 10 ou 20. L’ETC entraîne des troubles graves comme des pertes de mémoire, des problèmes moteurs, des comportements erratiques, de l’isolement social et, dans de nombreux cas, une démence. Le lien entre le football et l’ETC est connu depuis des années, mais cette étude renforce les preuves scientifiques en éliminant les biais de sélection qui remettaient en cause les résultats antérieurs.

Risques au-delà du sport

L’ETC n’affecte pas uniquement les athlètes. Le risque est lié à l’accumulation de coups répétés à la tête, qu’ils proviennent de pratiques sportives ou d’autres contextes. Le docteur Dave Ellemberg, neuropsychologue à l’Université de Montréal, souligne que des cas d’ETC ont été observés chez des militaires, des victimes de violence conjugale et même des joueurs de soccer de haut niveau. Ces derniers, qui effectuent plus de 800 têtes par saison, présentent des marqueurs de dommages cérébraux visibles à l’imagerie médicale. L’ETC n’est donc pas une maladie réservée aux sports de contact comme le football, le hockey ou la boxe, mais peut toucher toute personne exposée à des traumatismes crâniens répétés.

Impact sur les anciens joueurs

Matthieu Proulx, ancien joueur des Alouettes de Montréal et chroniqueur sportif âgé de 45 ans, vit avec l’angoisse de développer une ETC. Il explique que cette maladie, qui peut entraîner des troubles cognitifs sévères et une démence, pèse sur ses décisions quotidiennes. Proulx a modifié son mode de vie pour en limiter les risques : il évite de trop travailler, profite davantage de ses enfants et essaie de vivre sans regrets. Son témoignage illustre l’impact psychologique de l’ETC, qui va bien au-delà des symptômes physiques. Pour lui, le risque d’une chance sur quatre de développer cette maladie est une épée de Damoclès constante, le poussant à repenser sa façon d’aborder l’existence.

Prévalence vs traitement

Le professeur William Archambault, spécialiste en sciences infirmières à l’Université McGill, estime que connaître la prévalence exacte de l’ETC chez les anciens joueurs est moins important que de trouver des solutions pour les aider. Même si seulement 2 % des athlètes étaient concernés, des maladies rares méritent une attention médicale. Pour lui, le débat sur les chiffres est secondaire par rapport à la nécessité d’améliorer les traitements et l’accompagnement des personnes atteintes. L’objectif reste de protéger les joueurs, quel que soit le niveau de risque réel, en développant des stratégies adaptées à chaque situation.

Mesures de protection

Depuis une quinzaine d’années, des mesures ont été mises en place pour réduire les risques d’ETC dans les sports de contact. Matthieu Proulx souligne que les contacts en pratique ont été réduits de manière significative, passant de 75 % à l’époque à des niveaux bien moindres aujourd’hui. Les techniques de plaqués ont été modifiées, les protocoles de commotion cérébrale ont été renforcés, et l’équipement a été amélioré. La NFL et son association des joueurs ont récemment annoncé un suivi plus strict de cinq types de fautes pour protéger la santé des athlètes. Ces changements visent à limiter les commotions et leurs conséquences à long terme, tout en permettant aux jeunes de pratiquer un sport en toute sécurité.

Diagnostic et limites

À ce jour, il n’existe aucun test permettant de diagnostiquer l’ETC chez une personne vivante. Le diagnostic ne peut être confirmé qu’après le décès, lors d’une autopsie, car les lésions cérébrales caractéristiques (dépôts de protéines dans les sillons du cerveau) ne sont visibles qu’au microscope. Les chercheurs ont toutefois établi un inventaire des symptômes et des manifestations de l’ETC grâce à des entrevues avec les familles des personnes décédées. Cependant, ce portrait clinique reste flou, car l’ETC partage des similitudes avec d’autres maladies comme la démence, rendant le diagnostic différentiel complexe. Les mécanismes exacts de la maladie restent également mal compris : une personne ayant subi 10 commotions ne développera pas forcément une ETC, tandis qu’une autre pourrait l’attraper après des milliers de petits chocs sans commotion déclarée.

Ce que ça pourrait changer

L’ETC est considérée comme une maladie évitable, mais cela ne signifie pas qu’il faut décourager la pratique sportive. Les bienfaits du sport, notamment pour la santé et la cohésion sociale, sont nombreux. Par exemple, l’intégration du football dans les écoles a contribué à réduire le décrochage scolaire. Les mesures de prévention incluent un encadrement rigoureux des jeunes joueurs, une limitation des contacts en pratique et une prise en charge médicale rapide en cas de commotion. Les données médicales indiquent qu’après deux ou trois commotions cérébrales dont les symptômes persistent, les risques de troubles cognitifs et psychologiques augmentent d’un facteur 10. Les médecins, entraîneurs et kinésiologues jouent un rôle clé pour protéger les athlètes, même contre leur propre volonté de poursuivre malgré les risques.

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