On pensait que ces traces étaient naturelles depuis près d'un siècle - une étude suggère qu'il pourrait s'agir du plus ancien art rupestre de Grande-Bretagne, peint il y a 17 100 ans
Une étude récente remet en cause près d’un siècle de certitudes archéologiques en Grande-Bretagne, suggérant que des traces pariétales jusqu’alors considérées comme naturelles pourraient en réalité constituer le plus ancien art rupestre du pays, daté de 17 100 ans. Cette réinterprétation soulève des questions sur la subjectivité des méthodes d’analyse en archéologie et sur la manière dont les sociétés préhistoriques ont pu marquer leur présence dans leur environnement.
Quelle est la nature des traces pariétales concernées et pourquoi leur interprétation a-t-elle évolué ?
Les traces en question, situées dans des grottes britanniques, étaient jusqu’ici attribuées à des phénomènes géologiques naturels (comme des dépôts minéraux ou des érosions). Une nouvelle analyse, combinant datation radiométrique et étude des motifs, a révélé des caractéristiques compatibles avec une création intentionnelle par des humains du Paléolithique supérieur, notamment des formes répétitives et des arrangements géométriques suggérant une intention esthétique ou symbolique.
Quelles sont les implications de cette découverte pour la chronologie de l’art rupestre en Europe ?
Si ces traces sont effectivement des œuvres humaines, elles reculent de plusieurs millénaires la date de l’art rupestre en Grande-Bretagne, le situant à une période où les dernières glaciations touchaient à leur fin. Cela pourrait aussi remettre en cause l’idée d’une diffusion progressive de l’art pariétal depuis le sud de l’Europe, en suggérant des foyers locaux de création artistique bien plus anciens que prévu.
Quelles méthodes scientifiques ont permis de réévaluer l’origine de ces traces ?
Les chercheurs ont utilisé une combinaison de techniques : datation par luminescence stimulée optiquement (OSL) pour déterminer l’âge des dépôts sédimentaires associés aux traces, analyse microtopographique pour identifier des traces d’outils ou de pigments, et comparaison avec d’autres sites rupestres européens pour repérer des motifs récurrents. Ces approches croisées ont permis d’écarter l’hypothèse d’une origine purement naturelle.
Pourquoi cette découverte pourrait-elle susciter des débats au sein de la communauté archéologique ?
Cette réinterprétation s’appuie sur des preuves indirectes et des interprétations subjectives de motifs, ce qui peut être contesté par des chercheurs privilégiant des critères plus stricts (comme la présence avérée de pigments ou de techniques de gravure). Elle illustre aussi le risque de biais de confirmation dans l’archéologie, où des préconceptions sur l’ancienneté de l’art rupestre en Europe pourraient influencer l’analyse des données.
Ce que ça pourrait changer
Cette découverte pourrait relancer les fouilles dans des sites britanniques jusqu’ici négligés, tout en incitant à réexaminer d’autres traces pariétales en Europe du Nord, où des hypothèses similaires pourraient être testées. Elle pose aussi la question de la résilience des méthodes archéologiques face à des preuves ambiguës, et de la nécessité d’adopter des approches pluridisciplinaires pour éviter les erreurs d’interprétation. Enfin, elle rappelle que l’art rupestre n’est pas un phénomène linéaire ou homogène, mais un langage visuel dont les codes nous échappent encore largement.

