Cannabis : les consommateurs pensaient bien dormir, mais une étude menée sur 35 ans révèle une tout autre réalité
Plus la consommation de cannabis s'accumule au fil des années, plus le sommeil mesuré se dégrade. Les usagers, eux, ne perçoivent aucune différence et continuent de trouver leurs nuits satisfaisantes.
Une étude publiée le 9 octobre 2026 par Thanh-Huyen Vu, chercheuse à l’université Northwestern, a analysé le sommeil de consommateurs de cannabis sur une période exceptionnellement longue de 35 ans. Cette étude s’appuie sur les données de la cohorte CARDIA, un projet de recherche américain lancé en 1985 qui suit depuis cette date des adultes noirs et blancs entrés dans la vie adulte. Parmi les participants, 1 266 personnes ont été sélectionnées pour cette analyse. Les chercheurs ont combiné des questionnaires sur la qualité perçue du sommeil avec des mesures objectives obtenues grâce à un capteur porté au poignet pendant une semaine. Cette approche permet de comparer ce que les participants ressentent de leur sommeil et ce que les données mesurent réellement.
Les résultats montrent que plus la consommation cumulée de cannabis augmente au fil des années, plus l’efficacité du sommeil diminue. L’efficacité du sommeil est un indicateur qui calcule le rapport entre le temps réellement dormi et le temps passé au lit. Par exemple, une personne qui passe 8 heures au lit mais ne dort que 6 heures a une efficacité de sommeil de 75 %. Les données révèlent également que le sommeil des consommateurs de cannabis devient plus fragmenté, avec des périodes d’éveil plus longues après l’endormissement. Malgré ces mesures objectives, les consommateurs ne perçoivent aucune dégradation de la qualité de leur sommeil et continuent de juger leurs nuits satisfaisantes.
Les enregistrements des capteurs indiquent que les consommateurs de cannabis dorment souvent plus de 8 heures par nuit, une durée généralement associée à un sommeil de meilleure qualité. Pourtant, cette durée accrue ne se traduit pas par une amélioration de la qualité réelle du repos. Les chercheurs soulignent que la durée du sommeil ne garantit pas sa qualité. Les nuits plus longues des consommateurs de cannabis sont donc moins réparatrices, même si ceux-ci ne s’en rendent pas compte. Cette dissociation entre perception et réalité est l’un des enseignements majeurs de l’étude.
Pour s’assurer que le lien entre cannabis et sommeil n’est pas influencé par d’autres facteurs, les chercheurs ont ajusté leurs analyses en tenant compte de variables comme l’âge, le sexe, l’origine ethnique, la consommation de tabac, d’alcool, l’activité physique, la dépression, les maladies chroniques et la prise d’autres substances. Même après ces ajustements, l’association entre la consommation de cannabis et la dégradation de l’efficacité du sommeil persiste. Cela suggère que le cannabis a un impact direct sur le sommeil, indépendamment des autres habitudes ou conditions de vie des participants.
Cette étude est observationnelle, ce qui signifie qu’elle ne peut pas établir de relation de cause à effet. Il est possible que des personnes ayant un sommeil déjà fragile se tournent vers le cannabis pour tenter de mieux dormir, plutôt que l’inverse. Les auteurs de l’étude appellent donc à mener des recherches supplémentaires pour comprendre précisément comment le cannabis moderne affecte le sommeil. Ils précisent également que leurs résultats ne permettent pas d’identifier un mécanisme biologique précis expliquant cet impact. Cette étude ouvre ainsi la voie à de nouvelles investigations pour éclairer les effets à long terme du cannabis sur la santé.

